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LE BLOG DE NIOXOR TINE

WAAT, WEDDI, WEEJE (WWW)

10 Décembre 2014 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #INVITES DE LA REDACTION

Par Bassirou S. NDIAYE dit BANDIA

Pour un trône très convoité, deux frères ennemis se battaient à Ndoumbélaan. L’un voulait le récupérer, l’autre seulement y goûter. Alors que les coups bas pleuvaient, surgit un troisième Gladiateur qui saisit la couronne pour fonder une dynastie. Les deux frères ennemis devenus de simples courtisans continuèrent contre toute logique à se battre sous l’œil moqueur du Gladiateur.

Parce que Ndoumbélaan est décidément le royaume des paradoxes, l’histoire de près d’un quart de siècle est restée figée autour de la lutte à mort à laquelle se livrent les deux frères ennemis. Sans pour autant renier leurs convictions de gauche, ils préfèrent tout perdre que d’assister au succès de l’un d’eux. C’est ainsi qu’ils ont réussi à installer la droite aux commandes de Ndoumbélaan.  Et le bail risque de durer tant que ce contentieux ne sera pas vidé. Ayant réussi à fédérer chacun un groupe de partisans, les frères ennemis leur transmettent les gènes de la haine qu’ils lèguent sans le dire à leurs héritiers. Comme entre chiens et chats, les héritiers participent à prolonger la haine et l’incompréhension en les transmettant aux nouvelles générations qui les perpétuent sans chercher à comprendre.

L’Empereur doit bien son trône par défaut à cette lutte fratricide. Le Gladiateur, son héritier l’a ramassé comme un fruit mûr au pied de l’arbre du bonheur, lâché des cimes par des géants qui cherchaient à se l’approprier. Et pourtant, que d’efforts, que d’espoirs, que de sueur et de sacrifices  déçus.

Douze années de népotisme et de corruption avaient fini par user le vieil Empereur. Même et  Goorgorlu l’éternel optimiste s’était lassé des grands projets et des Très Grands Projets n’ayant jamais influé sur son laborieux parcours et son éternel destin de chasseur de DQ.

Ndoumbélaan avait majoritairement porté son choix sur la grande coalition baptisée localement « Union pour la réhabilitation de Ndoumbélaan ».  Dans un pays mis à genou économiquement, moralement et même constitutionnellement, cette union au nom si évocateur avait ressuscité tous les espoirs.

N’est-ce pas cette « Union » qui avait fait mordre la poussière  à la coalition libérale dans les coins et recoins du royaume lors des consultations locales précédentes, y compris dans la capitale et qui deux ans plus tard entamait une marche victorieuse inéluctable vers le palais? Pour Goorgorlu, c’était une certitude…, sans condition. Mais c’était sans compter avec la querelle de préséance entre les deux béliers désormais antagoniques, qui ne voulaient et ou ne pouvaient pas se partager le même abreuvoir.

La sainte alliance n’avait en fait été que l’aménagement d’un espace pour une coexistence pacifique entre les deux blocs qui n’en cachait pas moins une rivalité sourde. Avec l’absence d’un troisième pôle crédible et le contentieux latent, l’alternative libérale à la tragédie libérale reste une constante avec laquelle il faut compter. Des observateurs avertis prédisent même un CDI pour la droite jusqu’à l’extinction des dinosaures au sein des partis de gauche à Ndoumbélaan incapables de vider leur contentieux historique et/ou génétique.

Le succès du Gladiateur sera bien né de la rupture en deux blocs de l’union, et du sentiment de trahison supposé ou réel que chaque camp nourrit vis-à-vis de l’autre. Défaits et satellisés, revoici nos deux frères ennemis et leurs supporters au service du Gladiateur qui a toute conscience qu’un camp le soutiendra dès que l’autre tentera de se rebiffer. Et c’est certainement ce qui est entrain de se passer sous nos yeux.

Ndoumbélaan gardait jusqu’ici une tradition et un code de conduite non écrit, dicté par le pouvoir en place et approuvé par  un peuple puritain : « les conseils et les critiques au Prince se font dans la cour, loin des oreilles du petit peuple ».

Les révélations fracassantes autour du Gladiateur et en particulier au sein des forces de sécurité ont donc été "consensuellement" condamnées puis réprimées, avec l’approbation des alliés et le silence coupable ou indifférent du petit peuple. Des voix avisées avaient pourtant appelé à la raison pour justifier et même louer le courage de ces patriotes valeureux. Les derniers des Mohicans au royaume du « muut mbaa mott » n’avaient-ils pas que vomi sur la place publique, toutes les saletés qu’ils avaient ingurgitées « au nom du secret d’état » sans parvenir à les digérer ? C’étaient généralement des conseillers qui souffraient de ne pas être entendus, des auxiliaires de justice qui avaient trempé dans des affaires peu recommandables ou invités à garder le silence s’ils en avaient été que témoins, etc.

Comment dans ces conditions comprendre qu’une frange de la grande coalition parmi les plus proches ait décidé de faire une conférence publique pour donner son avis au Gladiateur  sur les mesures à prendre dans cette affaire souterraine autour des richesses souterraines ? 

  • Les donneurs d’alerte n’ont-ils pas été entendus à l’intérieur des cercles restreints de la cour?
  • Ont-ils été témoins de choses inavouables qu’ils auraient gardées au nom du secret d’état à moins que ce ne soit pour préserver leurs intérêts que l’offensive annoncée de l’Empereur menace ?
  • Cherche-t-elle à faire peur pour être mieux considérée ?
  • Pourquoi justement une frange de la coalition alors que l’autre semble garder ses distances ? Les baroudeurs ont-ils seulement pris leurs responsabilités et usé de leur autonomie ?  Faut-il rappeler que la frange auteur de ce crime de lèse-majesté n’est qu’ une partie de la grande union historique.

En tout cas c’est une façon d’avouer en prenant à témoin l’opinion, qu’elle ne sait pas tout de cette affaire de ressources souterraines converties en ressources sous terrains minés. En demandant au Gladiateur de faire preuve de transparence, elle lui jette une patate chaude entre les mains.    Elle refuse manifestement de partager les responsabilités dans une affaire souterraine à laquelle elle n’a pas été associée pleinement.

La coalition dans son ensemble avait pourtant passé sous silence les graves révélations du "journaliste-saïsaï" qui les avait accusés de pomper illégalement mensuellement vingt millions de nos francs pour chaque chapelle. Mais le journaliste n’avait fait que déplorer cette corruption au sommet de l’état. L’Empereur lui, menace d’aller plus loin en portant l’affaire devant la justice. Elle ne peut donc pas ignorer cette menace.

Avant l’ultimatum de l’Empereur, on avait cru qu’il ne s’agissait encore que de pressions et de verbiages sans lendemain que d’autres verbiages pouvaient contrebalancer auprès de l’opinion.

C’est peut être dans ce cadre que s’inscrivait la tentative du coco abonné au banc des remplaçants de l’équipe de l’alternance II ou peut être même oublié au parloir, de justifier l’option du Gladiateur de se contenter des miettes pour régler ses soucis présents à la place des richesses colossales que l’Empereur avait obtenues lors de batailles juridiques précédentes.  Le fameux proverbe : « Un tien vaut mieux que deux tu l’aura », justifiant son choix.

Mais pour les spécialistes des questions minières, cette explication ne tient pas la route, parce que les mines ne sont pas la propriété exclusive d’une génération. Le code de conduite pour la transparence dans les exploitations minières et minérales voudrait même que chaque génération n’use que de part raisonnable en laissant leurs quotas aux générations futures. C’est au nom du principe de ces quotas, que des milliards de réserves dorment dans les sous-sols de pays (où la gouvernance est moins opaque) ou que des trésors inviolables soient constitués et mis à l’abri de notre présent bon vouloir au bénéfice des générations futures, si des ressources venaient à être exploitées. Cette question a d’ailleurs longtemps divisé les autorités tchadiennes et les Nations Unies. On sait que Deby a signé le principe des quotas pour accéder à ses ressources. On sait aussi qu’il l’a immédiatement violé pour « acheter des armes au nom de la sécurité nationale ». Bonjour la bamboula ! Du Tchad désertique au sol mais riche de ses minerais, les futures générations hériteront sans aucun doute d’un Tchad désert et exsangue.

Quelles que soient ses motivations politiques, force est de reconnaitre que l’Empereur défend une position patriotique qui mérite d’être soutenue. Il accuse ni plus ni moins le Gladiateur de renoncer à 2500 milliards contre 75 milliards. C'est-à-dire qu’il aurait, quelles que soient par ailleurs ses motivations politiques, privé Ndoumbélaan de  dizaines d’universités et d’hôpitaux, de centaines de lycées et de kilomètres de routes, etc…. Se contenter de 3% d’une manne financière légalement dûe à Ndoumbélaan pour faire face à des urgences d’une génération défie le bon sens. Les démocrates de ce pays ne pourront donc l’ignorer sans conséquence. Et certainement pas les patriotes aux affaires.

  • Au Gladiateur l’Empereur dit que les dénégations ne sauraient suffire face aux preuves irréfutables qu’il détient. Weddi doyuma !
  • Au Gladiateur l’Empereur demande de dire la vérité rien que la vérité au peuple sur cette incompréhensible transaction. Waatal !
  • Au Gladiateur l’Empereur menace à l’expiration de son ultimatum de le dénoncer. Dinaa la weeje.

Les démocrates de Ndoumbélaan devraient se mobiliser avec l’Empereur (et surtout pas derrière l’Empereur) pour éviter qu’un autre protocole national entre « frères », libéraux momentanément en situation de guerre, n’enterre à jamais ce protocole souterrain avec les multinationales.

L’Offensive pour la Transparence dans les Affaires Minières  et Minérales pourrait alors se révéler le dernier grand projet crédible de l’illustre Empereur qui nous a fait longtemps rêver.

 

BANDIA, Décembre 2014

NB: Même si le BLOG DE NIOXOR TINE ouvre ses colonnes à ses camarades et amis, tous les avis exprimés par ses invités ne sauraient bien entendu l'engager.

 

 

 

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