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LE BLOG DE NIOXOR TINE

L’AMICALE DE LA FACULTÉ DE MEDECINE ET L’OUVERTURE DÉMOCRATIQUE DE 1981 AU SÉNÉGAL

2 Décembre 2018 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #faculté de médecine

Cette contribution a été faite à l'occasion de la célébration du centenaire de l'École de Médecine de Dakar

Assemblée Générale de l'Amicale devant le bureau du doyen en 1981

Au milieu des années 70,  le contexte politique national, jusque-là caractérisé par le monopartisme avec une UPS toute puissante, commençait à connaître un début de décrispation, marqué par la reconnaissance, en 1974, du premier parti d’opposition sénégalais, à savoir le PDS. Vint ensuite la loi des trois courants en 1976 (socialiste et démocratique, libéral et démocratique et marxiste-léniniste), élargie en 1978 à un quatrième courant conservateur. Ce n’est qu’en Janvier 1981, après le départ de  Senghor, que fut instauré le multipartisme intégral.

Le mouvement étudiant a apporté une contribution décisive dans la lutte pour l’approfondissement de la démocratie au Sénégal.

Le contexte universitaire de l’époque était marqué par une situation d’exception, dont les racines remontaient à la grève de 1968. Le mouvement étudiant, au sein duquel, les partis clandestins de gauche, avaient une grande influence, était  constitué d’Unions Nationales sénégalaises (UNAPES, UNDES, UDED, Collectif…) et étrangères (celles de nos frères africains).

Les étudiants entretenaient des relations exécrables avec le pouvoir senghorien, auquel ils reprochaient une politique éducative, encore largement inféodée au projet colonial.

C’est cette tension permanente dans le milieu universitaire, qui conduisit à la dissolution de l’Union des Étudiants de Dakar (UED), le 28 février 1971 et au décret n° 71-936 du 28 août 1971 instituant le Statut Provisoire, qui restreignaient drastiquement les libertés démocratiques au sein de l’Université.

À titre d’illustration, les forces de l’ordre étaient autorisées à pénétrer, sans restriction, au sein du campus universitaire.  La participation des étudiants au niveau des instances de décision les plus importantes (Conseils de Faculté, Conseil de l’Université, Conseil d’Administration du COUD) était suspendue et n’était plus autorisée qu’au niveau des conseils de départements.. Les Unions Nationales furent interdites, accusées de faire de la politique, essentiellement parce qu’elles prônaient un syndicalisme militant et anti-impérialiste.

Seules les Amicales, qui regroupaient des étudiants d’une même Faculté, ne s’occupaient que de questions pédagogiques et avaient, de ce fait, un caractère purement corporatiste, étaient autorisées.

C’est dans ces conditions, qu’intervint la grande grève de 1977 motivée par la levée du Statut Provisoire mais surtout par le refus des étudiants de signer l’engagement triquinquennal pour pouvoir bénéficier d’une bourse d’études. Cette lutte épique du mouvement étudiant se termina par le renvoi de plusieurs leaders étudiants (Oussouby Toure, éminent sociologue, Ousmane Badiane, homme politique, Moussa Paye, professionnel de la presse, décédé, Ibrahima Bakhoum, célèbre journaliste, Ibrahima Diop, ancien doyen de la FASTEF et Cheikh Dieng, professeur d’université…etc.).

Quelques années plus tard, Abdou DIOUF, par la grâce de l’article 35, accédait au pouvoir et lâchait du lest. Il s’empressera d’instaurer l’ouverture démocratique, reconnaissant tous les partis, qui en faisaient la demande et de convoquer les États Généraux de l’Éducation et de la Formation, d’où émergera la décision de levée du Statut Provisoire.

L’Amicale de la Faculté de Médecine, Pharmacie et Odontostomatologie se trouvait dans une profonde léthargie, dont elle ne commencera à sortir que vers 1977, grâce à certains aînés, militants de gauche comme feu Dr Bamba Diop, Dr El Hadj Ousseynou Faye, Dr Fara Makha Mbow, Pr Seydou Badiane Dr Alioune Fall, Dr Amadou Tidiane Kane, Dr Souleymane Martial Barry, Dr Siré Hubert Niane, Dr Boubacar Danfakha ...etc. Mais la forte proportion d’étudiants non sénégalais rendait la matérialisation des mots d’ordre de lutte plus complexe au sein de notre faculté.

Il s’y ajoute qu’à cette époque, l’Amicale était scindée en amicales de département.

(voir la suite ci-dessous)

L’AMICALE DE LA FACULTÉ DE MEDECINE ET L’OUVERTURE DÉMOCRATIQUE DE 1981 AU SÉNÉGAL

En 1981, l’Université connaîtra un bouillonnement intense, qui n’épargnera pas l’Amicale de la faculté de médecine, dont les étudiants trainaient la réputation d’être des carriéristes dociles.

Un cadre de concertation des Unions nationales et Amicales sera mis en place, qui arrachera aux autorités universitaires beaucoup d’acquis,  dont le respect des franchises universitaires et le rétablissement de la représentation des étudiants dans les conseils de faculté, dans l’Assemblée de l’Université et plus tard, au sein du Conseil d’Administration du COUD.

Durant ces années d’effervescence démocratique, le Comité Exécutif de l’Amicale du département de Médecine, en relation les dirigeants des autres amicales de département, va finaliser la réunification de ces entités en une seule qui verra le jour en 1982.  Au sein de l’assemblée des délégués issus des amphithéâtres, un comité exécutif de neuf membres (3 par département) a été élu. Ce comité a été présenté à l’assemblée générale qui a validé cette élection et a en même temps désigné ses membres comme candidats à l’élection des représentants des étudiants à l’Assemblée de faculté pour cette année.

Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, les étudiants avaient 9 voix à l’Assemblée de Faculté :

  • Médecine : Boubacar Samba Dankoko, Mahamadou Traoré et Mohamed Lamine Ly
  • Pharmacie : Mohamed Bathily, Jean-Louis Sankalé, Adama Thiombiano
  • Odonto-stomato : Sérigne Mbacké Kane, Daouda Cissé, Amadou Tidiane  Sow

L'Amicale réunifiée était représentée au Conseil de l'Université par un titulaire (Boubacar Dankoko) et un suppléant (Mohamed Ly).

Sous le leadership de ce comité exécutif et des autres qui vont lui succéder, le soutien de l’assemblée de délégués, l’AEFMPOS a obtenu des acquis mémorables :

  • La suppression de l’élimination au premier tour en première année,
  • L’instauration d’une période de révisions obligatoire avant les examens de février
  • La consolidation de cette unité retrouvée avec l’organisation d’une semaine culturelle et scientifique chaque année
  • L’animation et la diffusion régulière d’un journal : « Le Guérisseur »
  • L’obtention d’un siège et d’une subvention annuelle
  • La participation régulière à l’assemblée générale annuelle de la FAMSA (fédération mondiale des associations d’étudiants en médecine)
  • La négociation en 1983 avec le Ministre de l’enseignement supérieur sur la base d’un mémorandum et l’obtention : de la bourse entière dès la 5ème année, de la bourse de 3ème cycle en 7ème année
  • La tenue en 1984 ou 1985 d’une journée de réflexion sur « la réforme des études médicales à Dakar » avec la participation de tous les professeurs de la faculté.

À côté de ces acquis, l’Amicale s’est farouchement battue contre la ségrégation honteuse, qui sévissait à l’époque contre les camarades africains en Chirurgie Dentaire.

Parmi les acteurs de cette époque, on peut citer des universitaires comme Pr Pape Amadou Ndiaye, Pr Abdoul Kane, Pr El Hadj Niang, Pr Koumé, Pr Issa Wone et d’autres comme Dr Sammy Habib Reda, feu Dr Hassane Jouni, Dr Ismael Karfo, Dr El Hadj Sarr, Maïmouna Savané, Dr Aminata Gassama Baldé, Dr Fadel Kane, Dr Babacar Kébé, Dr Abdoulaye Ndoye de Saint-Louis, Dr Papa Ngalgou Guèye, Dr Mbaye Ndiaye, Dr Mohamed Diop,  Dr Amadou Guèye Diouf, Dr Bacar Dia, Dr Aziz Fall (dentiste)…etc.

Dr Mohammadou Traoré et Dr Mohamed Lamine LY

L’AMICALE DE LA FACULTÉ DE MEDECINE ET L’OUVERTURE DÉMOCRATIQUE DE 1981 AU SÉNÉGAL
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Boubacar DANKOKO 03/12/2018 00:19

Magnifique témoignage. Mon cher ami, il serait intéressant d'envisager un livre, puis un film sur cette période riche d'enseignements. Bravo, pour cette production.

AW ALIOUNE 02/12/2018 15:14

On voit que tu es témoin de l'histoire. Merci pour le rappel et les archives visuelles. Bonne documentation pour la nouvelle génération .