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LE BLOG DE NIOXOR TINE

RETROSPECTIVE: QUELLES PERSPECTIVES APRES LA DÉFAITE DU CAMP LIBÉRAL?

6 Février 2015 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #CHRONIQUE DES COLERES CITOYENNES

 

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          En dépit de ses indéniables talents de "politicien illusionniste" et malgré l’instrumentalisation des  forces de sécurité, l’achat massif de consciences, l’émiettement des partis d’opposition et la "prime au sortant", le président Wade, candidat illégitime aux élections présidentielles de 2012, a été envoyé par des électeurs aussi pacifiques que déterminés au second tour de l’élection présidentielle.

PRESERVATION DE LA PAIX CIVILE GRÂCE A LA MATURITE DES ELECTEURS.

          La classe politique unanime et les observateurs étrangers se sont félicité de la maturité du peuple sénégalais, qui a non  seulement ressuscité un processus électoral bien mal en point, mais aussi évité la survenue d’une insurrection, qui semblait inéluctable.  

          Il demeure constant que les grands enjeux démocratiques et institutionnels, tels que diagnostiqués par les Assises Nationales, restent plus actuels que jamais. En effet, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, loin d’avoir "légalisé" une candidature condamnable, ont placé la maffia libérale devant le tribunal du suffrage universel beaucoup plus fiable que le fameux Conseil Constitutionnel discrédité.

          Le camp de l’opposition, faute d’avoir su s’unir autour de l’essentiel, n’aura pas réussi à mobiliser conséquemment les masses contre la forfaiture du pseudo-candidat libéral, avant l’échéance fatidique d’un scrutin tant redouté. Tel un nouveau-né, orphelin de mère, obligé de téter le sein de sa grand-mère, la classe politique de l’Opposition s’est donc vue contrainte d’accepter le compromis boiteux proposé par le peuple sénégalais, avec le risque de faire de la prochaine victoire du candidat de Bennoo Bokk Yakaar, plus un effet induit de la vaillante lutte du M23 contre le troisième mandat de Wade qu’une adhésion explicite au "Yoonu Yokkuté".  

QUID DES ENJEUX DEMOCRATIQUES ET DE REFONDATION INSTITUTIONNELLE ?

          C’est cette posture inattendue dans laquelle le président Macky s’est trouvé placé, qui l’a sans doute conduit à tendre la main au Peuple des Assises.

Il devient, en effet, clair que l’enjeu de l’élection présidentielle en cours ne saurait se réduire à un simple changement d’homme, ou d’équipe  mais plutôt de système. C’est pourquoi,  la période de transition théorisée par le Bennoo originel semble devoir retrouver toute sa pertinence.

En effet, face à l’imminence des élections législatives, la problématique de la refondation institutionnelle devrait être la pierre angulaire de toute  alliance ayant pour ambition d’appliquer les conclusions des Assises Nationales. Pour résumer, deux cas de figure s’offrent aux formations politiques de l’Opposition : aller ensemble ou séparément aux prochaines élections législatives.

Au cas où la coalition Macky 2012 acceptait de souscrire sincèrement et sans réserve aux conclusions des Assises Nationales,  un accord politique précis et détaillé devrait être élaboré au sein de la grande coalition électorale de Bennoo Bokk Yakaar, qui devrait servir de socle à une liste commune aux prochaines législatives, dans la perspective d’un gouvernement de législature. Cette hypothèse recoupe la théorie initiale du Bennoo originel sur la période de transition, finalement portée à cinq ans. L’avantage de cette formule serait un large consensus de la classe politique sur la refondation institutionnelle et la priorisation des activités de développement sur la politique politicienne dont on nous aura  saturés, depuis un certain 19 mars 2000. L’inconvénient serait que les forces de gauche risqueraient, une nouvelle fois, de se détourner de leurs tâches cardinales de lutte pour la justice sociale et l’équité, au profit des couches laborieuses de notre pays et d’avoir les mains liées face à un Président, qui jusqu’à preuve du contraire se réclame du libéralisme.

Une autre possibilité serait que le président Macky, qui a toujours fait montre d’une certaine circonspection à l’endroit des conclusions des Assises, table sur la dynamique créée par son accession à la Magistrature Suprême et décide de présenter une liste propre aux élections législatives, afin de s’aménager une plus grande marge de manœuvre pour la mise en œuvre de ses "recettes libérales". Les partis de gauche du Bennoo originel devraient alors s’atteler à présenter leur propre liste, pour jouer un rôle de régulation, face au nouveau président. Et ce, d’autant plus que l’APR semble manquer d’homogénéité, comptant en son sein plusieurs personnalités excentriques et court le risque d’être inondé par des transhumants du PDS, qui n’accordent pas une importance particulière aux questions de gouvernance institutionnelle ou de demande sociale. 

NECESSITE DE ROMPRE AVEC LE PRESIDENTIALISME OBSOLETE

          Loin de sous-estimer les qualités et défauts des différents hommes politiques, qui ont eu à occuper la fonction présidentielle dans notre pays depuis 1960, il va de soi, que c’est la concentration excessive de pouvoir au niveau de la Présidence de la République, qui est à l’origine des principales tares observées dans notre système politique.

C’est pourquoi, les démocrates de notre pays comprendraient difficilement, qu’on puisse renoncer à l’agenda des Assises et à la nécessité de procéder à un rééquilibrage des pouvoirs au profit du Parlement, pour de futiles positionnements tactiques.

          Une des grandes leçons qu’on peut tirer de la vie politique de notre pays, depuis l’avènement de l’Alternance, est le fait que le peuple sénégalais semble avoir une longueur d’avance sur sa classe politique. Prise de court par la défaite politique du camp libéral lors des élections locales de 2009, l’Opposition sénégalaise n’a pas non plus su anticiper sur la mémorable journée du 23 juin 2011, qui a consacré l’entrée en scène du mouvement citoyen  et de la jeunesse patriotique (particulièrement le mouvement Y’en a marre), qui se sont placés de fait à l’avant-garde de la lutte contre la candidature inconstitutionnelle de Wade. Plus récemment, le peuple sénégalais a dénoué de manière admirable, l’imbroglio dans lequel était empêtrée la classe politique, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle en cours, en préservant la paix sociale, en même temps qu’il désavouait le comportement antirépublicain de Wade. Le "mérite" du président sortant, aura été de permettre au peuple sénégalais de tirer toutes les leçons du contre-exemple qu’aura constitué son règne. A force de prendre le contrepied des grands axes du programme de la CA2000 (qu’il a pourtant préfacé), confirmés et amplifiés par les Assises Nationales, Wade a clairement mis en évidence le caractère obsolète et antidémocratique de son mode de gouvernance.

          Prisonniers des logiques d’appareil, la plupart des partis politiques et organisations de la société civile doivent faire preuve de modestie et reconnaître la primauté au mouvement populaire, seul véritable garant de changements véritables et durables, au lieu de se lancer dans des combinaisons politiques, dans une perspective de partage de gâteau. C’est pour cela, qu’il faut préserver l’autonomie populaire, impulser la défense des intérêts locaux au niveau des collectivités de base et sauvegarder les intérêts des couches populaires, particulièrement ceux de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre.  

Médina, le  18 mars 2012

 

 

 

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