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LE BLOG DE NIOXOR TINE

HOMMAGES AU DOCTEUR CIRE LY

Hommage au docteur Ciré Ly, chevalier de la Paix

 Par Dr Pape M. KAMARA*

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Après la prière de ce vendredi 13 vers 14h, à la mosquée du Point-E, on nous a annoncé cette terrible nouvelle. La mort, ce matin du Docteur Ciré Ly, médecin connu et reconnu par le monde scientifique et maraboutique, car vivant comme un soufi, tout à ses prières et à Dieu le miséricordieux. Jamais pris en défaut dans ses litanies religieuses et sa sociabilité. Il était de fait le représentant respectable de cette élite, profondément croyante et cultivée, vivant l'intégration consciente du sacré dans tous les actes quotidiens de la vie comme définissait l'Islam ce marabout de Nioro avec sa religion en bandoulière,Thierno Bocar Ba. 

Adepte de Cheikhou Oumar Foutiyou, le Docteur Ciré Ly se donnait pour viatique l'approfondissement et la vulgarisation du Coran par tous les moyens à sa disposition : sa djihad des temps modernes. Infatigable, il créait des initiatives souvent portées sur le social et le culturel, dicté en cela par sa formation de médecin doué au service des démunis.

Il soutint sa thèse, l'une des premières de la nouvelle faculté de Médecine de Dakar vers les années 1960. Ses articles, soignés dans l'écriture, étaient un régal pour les hommes avertis tant dans la forme que le fonds, car il disséquait l'argumentaire avec panache. Au Colloque International de la Fédération des Associations islamiques à Dakar, il prit sur lui de traiter, avec brio, le sujet tant controversé de la place du chiffre 19 dans le Coran.

Il anima avec le Cerid, dont il était membre influent, les manifestations autour du séminaire sur les miracles scientifiques du Coran et de la Sounah avec entre autres professeurs de l'université de Dakar, les éminents Mahtar Diouf l'économiste et Assane Sylla le philosophe.

A son propos il faudra retenir cette fameuse table ronde, à nulle autre pareille, autour du livre majeur qu'est l'Aventure Ambiguë de Cheikh Amidou Kane.

Les professeurs Elimane Kane, le philosophe et Ibrahima Wone de la faculté de Médecine, son compère, ami et parent, ont simplement évolué sur l'air des hauteurs, disséquant à la perfection les thèmes et sous thèmes de ce livre que le professeurWone affirme avoir lu 21 fois.

Cette table ronde, transmise à l'époque par la Rts, avait atteint des hauteurs insoupçonnées. Le Dr Ciré Ly y avait contribué largement. Si seulement le directeur de la Rts choisissait de rediffuser cet élément à la Korité prochaine pour tous ceux qui n'avaient pu le voir, serait un hommage appuyé à cet homme qui aura tant fait pour sa communauté.

Il aura réussi à élargir son domaine de conscientisation en créant un Journal Action Islamique pour encore et toujours éveiller, vulgariser et Approfondir.

En constatant ce jour que ce confrère et ami, qui me portait à la maison à chaque parution un numéro de ce mensuel tant prisé, n'est plus là, je serai obligé de faire le deuil sur son journal après sa personne.

Quelque part dans le Coran un verset célèbre entre tous et bien connu, affirme que Dieu, par sa bonté immense et sa générosité, délivre à quelques hommes inspirés ses secrets et vertus particulières. On est tenté de deviner que le Dr Ciré Ly, médecin de son peuple, devait faire partie de cette pléiade bien inspirée tant son affabilité était grande.

Quand on sait qu'il avait édicté un opuscule à l'endroit des futurs pèlerins à la Mecque pour les éclairer davantage, on mesure l'intelligence et la générosité de cet homme béni entre tous, qui veut rendre service à tous les pèlerins, attirés par la Kaaba et sa pierre lumineuse.

Que Dieu l'accueille en son Paradis et qu'il jouisse de l'usufruit de tant de bienveillance faite sur terre.

Que quiconque choisisse de faire le pèlerinage au cimetière de Yoff, aie une pensée pieuse pour le Dr Ciré Ly qui a fait oeuvre utile. Il mérite ce suprême hommage.

Nos condoléances émues et profondes à sa femme, sa famille, parents et amis confrères et patients. 

 

Par Dr PapeM. KAMARA* Cerid

 

  TEMOIGNAGE DE DAHA KANEdr-cire-ly.jpg

 

L’image la plus saisissante et la plus lointaine que j’ai de mon frère, c’est celle d’une silhouette svelte d’un adolescent de quatorze ans, le Saint Coran sous le bras, se dirigeant vers le cimetière prier sur la tombe de sa mère, notre mère. Je fus profondément bouleversé par ce geste qui marque le début d’une longue amitié. A peine plus âgé, il se comportera toujours comme s’il était investi d’une mission d’ordre divin pour me couver littéralement. En retour, le respect que je lui porte est celui que l’on voue à un ascendant. Cette situation ne met pas de barrière entre nous car mon frère est plein d’humour et la plaisanterie restera toujours le ciment de cette amitié.

Pendant les vacances scolaires, avant de rejoindre le Fouta, nous séjournions ensemble à la cité universitaire où il disposait de deux chambres. Le lycéen que j’étais le ressent comme une incitation à travailler d’arrache-pied pour mériter le traitement de faveur dont jouit l’étudiant, cet «hippocravate», nom qu’il donnait dans ses écrits aux disciples d’Hippocrate rejoignant les amphithéâtres en habit de soirée. Un sort commun du reste.

Ciré est entré en médecine comme on entre en religion. Avec le soutien moral d’un oncle particulièrement brillant qui l’a précédé dans les dédales de la tour d’Esculape et l’avantage d’une «hagiographie» convaincante, le novice est très vite touché par la vocation. Les conseils avisés de ce parent et la trilogie A. Carrel (l’homme cet inconnu), A Soubiran (les hommes en blanc) et A. Cronin (la citadelle) à son chevet sont d’un grand secours durant cette initiation au long cours. Je finirai par lire ces œuvres qui sont d’une beauté qui force l’admiration.

Mais bientôt, le jeune étudiant ouvrira un nouveau chantier. Sa foi gagnant un terrain de plus en plus marqué, il sentit venir le moment de se soumettre à une introspection sans complaisance. C’est son djihad. Rechercher en soi toute niche pouvant abriter quelque tare à extirper pour se conformer à la loi canonique coranique.

Ayant balayé devant sa porte, il s’active à cultiver son jardin : semer la bonne graine et répandre la bonne parole parmi les étudiants musulmans en vue de la fondation d’une association confessionnelle. Pareille entreprise suppose un support documentaire adéquat qu’il s’emploiera à regrouper. 

Enfin Malek vint !

Malek Bennabi avec «le phénomène coranique» favorise l’exaltation de sa foi et la potentialisation d’une ferveur qui n’était déjà pas tiède et ouvre à Ciré Ly la voie royale qui fait de lui le porte-voix de ses camarades musulmans.

Ni néophyte, ni prosélyte, Ciré sera cependant habité par le même tourment que Polyeucte : «La foi qui n’agit point, est-ce une foi sincère ?» Cette phase est marquée par un engagement majeur : la défense et l’illustration des valeurs de l’Islam.

Assurément son action a été positive. Il a pleinement réussi à favoriser l’exécution convenable des obligations religieuses au sein de la cité universitaire grâce à d’âpres négociations avec le directeur des affaires politiques tout à la fois courtois et méfiant. De telles concessions, sans précédent, ne sont rendues possibles que grâce à son esprit méthodique, son sens de l’organisation et son pouvoir de persuasion. La structuration d’une Amea fiable et représentative aux yeux du colonisateur a fait le reste.

Certains, parce qu’ils sont mal informés, pensent qu’il est intolérant et anticlérical, se basant probablement sur ses démêlées avec l’archevêque de Dakar ; or ce dernier s’était ouvertement attaqué à l’Islam. Quoi de plus normal qu’un citoyen de la «Ummah» qui se refuse à toute forme d’allégeance lui porte la réplique sans sommation aucune ? Il restera le prélat à l’étole étoilée de mitrailles par les tirs nourris d’un franc-tireur infatigable. Plus tard, retiré en Suisse, il bravera l’excommunication en s’opposant farouchement à l’autorité pontificale.

En dépit de toute la fougue qui peut animer un tel combattant, Ciré Ly, déjà dans ses écrits de jeunesse, prône la tolérance. Celle-ci est inscrite dans le Saint Coran qui est le code de conduite du musulman qu’il est. C’est en parcourant ses écrits des années 1954-1955, que l’on peut mesurer à sa juste valeur sa capacité de tolérance. Mieux, il y jette les bases d’un dialogue islamo-chrétien fructueux. En outre, il recommande l’émergence d’une coopération structurée et solide du monothéisme face à la menace grandissante de l’athéisme et du polythéisme. Il redoutait particulièrement l’affaiblissement de l’un des pôles de cette sainte alliance qui pourrait déboucher sur le renforcement de l’axe du « Mal ». Il s’insurge contre tout fanatisme stérile. Par ailleurs, il était prêt à partager un foyer confessionnel avec ses camarades étudiants catholiques, pour vivre ensemble leur foi, loin du cadre étriqué et non conventionnel de la cité universitaire. Enfin, son meilleur ami et camarade de classe, futur doyen de la Faculté de Médecine de Cotonou est le président de la Jeunesse estudiantine catholique (Jec). Ces idées qui sont celles d’un visionnaire et d’un pionnier prouvent que ses adversaires lui font un mauvais procès.

On peut retenir – c’est là l’essentiel – que pendant soixante ans de militantisme et de combat ininterrompu, il a su organiser son cadre de vie et de travail pour harmoniser ses obligations et devoirs lui permettant ainsi de modeler une famille de la manière la plus heureuse et se conformant rigoureusement aux normes prescrites par l’Islam.

Quant à nous, ses frères et sœurs, il «nous a éduqués avec certitude et rectitude» comme vient de le rappeler notre oncle.

Cher frère, dès l’aube, ce dimanche-là, à jeun, agrippé au Saint Coran que tu lisais, tu es parti à petits pas sans te retourner. Vingt quatre jours de douloureuse et déroutante stroboscopie alternant tranche d’espérance et frange de désespérance pour ta famille et tes amis. Miracle ? Non mirage ! Miroir aux alouettes ! Quand le vendredi 13 juillet, au matin, «soudain comme un coup de tonnerre dans un ciel serein…», une expression du Dr Soubiran qui te plaisait tant !

Qu’Allah le Tout-Puissant te fasse bénéficier de sa misé­ricorde infinie. Amen.

Daha KANE

 

Dr Ciré Ly : une vie au service de l’Afrique et de l'Islam  

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L’ancien médecin et islamologue Ciré Ly, décédé vendredi à Dakar, a été un "père exemplaire à tout point de vue, qui a été de tous les combats pour la défense des valeurs de l’islam, de la patrie et de la démocratie", a confié, samedi à l’APS, son neveu et gendre, Mamadou Ly.

Né en 1929 à Ndioum (nord), Dr Ciré Ly était diplômé des facultés de médecine de Dakar et Paris. De 1960 à 1977, il a occupé plusieurs postes de responsabilité dans les structures sanitaires, en particulier pour les écoles et les entreprises publiques.

‘’Il s’est battu, tout jeune, au lycée, à l’université, étant de tous les combats pour l’émancipation de l’Afrique et contre les autorités coloniales de l’époque. Il a été de tous les combats démocratiques et patriotiques de ce pays depuis les années 50’’, a ajouté Mamadou Ly.

Son gendre qui a signalé qu’à la veille de sa maladie, en juin 2008, Dr Ly avait assisté à la réunion de préparation des Assises nationales.

Ciré Ly a été le premier diplômé de la Faculté de médecine de l’Université de Dakar, à une époque où les étudiants soutenaient leur thèse à Paris. Mais lui avait refusé de le faire, soutenant finalement sa thèse à Dakar, mais trois années après, a rappelé son neveu.

Comme médecin, il s’est également mis au service des autres en organisant des caravanes médicales. En 1989, lors du différend entre le Sénégal et la Mauritanie, Dr Ciré Ly avait apporté son soutien aux réfugiés mauritaniens.

L’islam occupait ‘’une place centrale dans la vie’’ de l’ancien médecin, a dit Mamadou Ly. ‘’Durant les dernières années de sa vie, il passait l’essentiel de son temps à la lecture du Coran’’, a-t-il noté.

Premier imam de la mosquée de l’Université de Dakar, Dr Ciré Ly s’est aussi illustré dans la confection de calendriers des heures de prières et l’organisation de conférences.

Il a écrit un livre sur le pèlerinage aux lieux saints de l’islam et a été à la base de la création, en 1996, de la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire (CONACOC).

En 2008, lors du sommet de l’OCI à Dakar, Dr Ly a contribué à la réunion des organisations humanitaires des pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), réunie à la station balnéaire de Saly-Portudal, au sud de Dakar. Il était le président de l’Action de solidarité islamique (ASI).

‘’L’intervention active de la solidarité islamique devrait s’exercer en priorité dans le domaine humanitaire. Il faut avoir une conscience aiguë du fait que la plupart des Etats de l’OCI appartiennent au tiers monde et sont, par conséquent, des pays pauvres, tributaires de l’appui des Etats mieux nantis’’, déclarait-il.

‘’C’est seulement ainsi que l’OCI deviendra pour la +Ummah+ une instance familière et généreuse et qu’elle acquerra, face au monde, une autorité morale telle qu’elle pourra jouer son rôle naturel de rempart contre la calomnie dont l’Islam fait l’objet, spécialement de la part des milieux occidentaux.’’

Dr Ciré Ly prônait ainsi ‘’le raffermissement de l’image et de la position de l’OCI’’, dont il disait qu’elle faisait ‘’déjà un travail appréciable’’. La restauration de l’organisation, disait-il, ‘’permettra d’œuvrer plus efficacement en faveur de toute la communauté islamique, qui est sa raison d’être, et qu’elle mettra en œuvre tout le programme devant consacrer sa mutation’’.

 

 

 

J’AI CONNU UN MUSULMAN…

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Hommage au Dr Ciré LY, décédé le 13 juillet 2012

Par  Dr Issa WONE

«Au nom de Dieu, le clément et miséricordieux.

Le tout miséricordieux

Il a enseigné le Coran

Il a créé l’homme

Il lui a appris a s’exprimer clairement » Coran, Sourate 55, Versets 1 à 3

 

Ma première fusion d’avec cette merveilleuse sourate date d’il y’a environ 35 ans, au cours d’une prière du Maghreb. L’homme qui dirigeait la prière ce jour-là, de toute évidence, vivait intensément cet instant magique d’audience particulière avec son Seigneur. Il était transporté très loin par les paroles divines. L’homme avait-il oublié qu’il est généralement recommandé de choisir des versets courts pour le Maghreb ? Toujours est-il que, tout jeune que je fusse à l‘époque, j’étais fasciné (je le suis toujours !) par le rythme de « Ar Rahman »,  avec son délicieux refrain,  qui fait l’originalité de cette sourate : « lequel des hauts faits de votre Seigneur nieriez-vous ? »

L’homme en question « vivait » littéralement Le Coran ce jour-là, avec le timbre du croyant soumis, avec surtout ce débit accéléré de la voix, cette élocution qui avait tendance à amputer les mots, et dont ses cousins autorisés (enfants de ses oncles maternels) n’ont cessé de se moquer toute sa vie.

L’homme aimait le Coran par-dessus tout ; grâce à lui et dans la même période, j’ai eu le privilège, au bloc des médecins de Fann résidence, de voir dans ses œuvres l’un des plus grands lecteurs contemporains du Coran, l’égyptien Mahmoud Khalil Al Hossari. Pendant de bonnes heures, Al Hossari a « vécu » le coran avec nous, la tête en perpétuel mouvement, évoquant une athétose, respirant  profondément pendant les longues tirades, observant de longues pauses tout de suite après…J’ai compris ce jour-là que Le Coran ne se chante pas. Il se respire, se scande, se déclame, plus qu’il ne se psalmodie. En un mot,  le coran se vit !

Dédé Ciré est donc parti. Pendant plusieurs jours, la maison mortuaire ne désemplissait pas ; comme depuis ma plus tendre enfance quand j’allais chez dédé Ciré, la voix envoutante d’Al Hossari a encore empli les lieux, des jours durant.

Il est difficile de parler d’un homme qu’on a connu de si près et de si loin à la fois. Il me semble plus facile de parler du musulman que j’ai connu. Parce que nous aspirons à devenir des croyants sincères, chevillés aux valeurs de l’islam authentique, dépouillé des superstitions et contre valeurs insidieusement inoculées par Sheytan.

Ar Rahman, dans un autre verset, nous apprend aussi, sous la forme d’une interrogation positive : « quelle est la rétribution du bien, sinon le bien ? »

Le Dr Ciré LY savait chercher le bien où qu’il puisse être, et se l’approprier.

Le bien dans la posture, l’habillement et le maintien ; d’une élégance remarquable mais sans excès, toujours propret, stylé jusque dans l’écriture, discret et affable dans ses relations avec les autres. Je pourrais dire comme un de ses oncles l’a dit ailleurs, en d’autres circonstances, qu’ « en homme d’honneur, il était soucieux de style, et en homme d’action, soucieux de résultats »

Car, Ciré était aussi un homme d’action.  Le fameux « himmé » expression poular qui signifie à la fois détermination, énergie et engagement, constituait un de ses traits de caractères, mieux, comme sa principale caractéristique. C’est d’ailleurs une expression qui sortait souvent de sa bouche quand, en père, grand frère ou cousin, il gourmandait ou conseillait ses proches. Il a ainsi fortement pesé dans ma décision d’aller au pèlerinage à La Mecque en 2010, en m’enjoignant, sur le ton quelque peu sévère qui était souvent le sien, de mettre du « himmé » à ce projet, citant un hadith fort à propos à cette occasion…Ciré était un homme résolu, qui s’est toujours activement engagé pour les grandes causes.

Homme d’action, il l’aura été jusqu’à la fin. La veille de la survenue brutale de la maladie qui devait l’emporter, il participait à une réunion du comité des Assises Nationales. À cette occasion d’ailleurs, semble-t-il, il aurait eu une attitude et des propos d’adieu particulièrement prémonitoires.

Son frère utérin, le Dr Daha KANE, en témoin privilégié, a raconté comment, dès son plus jeune âge, Ciré LY, son exemplaire du Coran sous le bras, allait se recueillir sur la tombe de leur mère, partie dans sa verdeur, avant même que la plus jeune de ses enfants n’ait été sevrée…Le Coran, il l’a porté toute sa vie, partout et toujours, comme un viatique, physiquement comme virtuellement.

En homme d’action, Ciré a d’abord été le président fondateur de la turbulente AMEAN (Association Musulmane des Étudiants  d’Afrique Noire) devenue plus tard AMEA (le « noire » ayant été fort opportunément jugé inopportun !). Les tribunes que lui offraient alors « Vers l’Islam », ainsi que d’autres périodiques protestataires de l’époque, lui donnèrent l’occasion, avec la belle plume qu’on lui connaît, de dénoncer les nombreuses injustices et exactions de l’ère coloniale finissante, particulièrement envers les musulmans. Il fut désigné par ces mêmes autorités coloniales pour représenter l’AMEA au pèlerinage à la Mecque en 1954 : il n’avait que 25 ans. Durant la même période épique, il fit paraître son « Christianisme ou Islam : à la recherche d’une attitude religieuse valable». Cet opuscule à la fois philosophique et théologique, qui témoigne déjà à l’époque de l’ouverture d’esprit et de la tolérance de l’auteur était devenu mon livre de chevet durant une bonne partie de mon adolescence (avec « l’Aventure Ambigûe » et « Le Coran/Garnier Flammarion). Rarement un ouvrage m’aura autant frappé par sa densité, par sa précision, mais aussi par l’approche méthodique qui, compare, « pièce par pièce » les 2 plus grandes religions révélées. Suivirent « A la mère des Cités », « Où va l’Afrique ? », « la légende de Saikou Oumar TALL », «L’islam et la science », « Le message de Seydi El Hadj Malick SY », « le coran et les Sciences Positives Modernes », « l’Islam et la crise sénégalaise », « Pèlerinage et visite pieuse : Makkah Madina », puis, raboutant sa plume, son dernier ouvrage, recueil sur une trentaine d’années de divers articles parus dans la presse, « Consciences musulmane et voix citoyenne ».

Tous ces essais sur différents sujets, ont bien entendu eu pour épicentre l’Islam, que l’auteur plaçait au centre de son militantisme. Après plusieurs années de combat acharné pour sa reconnaissance en ONG, Action de Solidarité Islamique vit enfin le jour en 1985. 

Notre Seigneur ayant dit « Rivalisez dans les bonnes actions » (), Ciré, avec des compagnons de très grande qualité, travailleur infatigable, déployant des efforts qui n’étaient plus de son âge, une expertise qu’on pensait réservée aux spécialistes de santé publique, un acharnement témoin de son « himmé », a pu obtenir des financements conséquents pour mettre en œuvre les interventions de l’ASI à Podor en particulier, son « pays » natal dont il parlait avec une certaine nostalgie. « Rivalisant dans les bonnes actions » avec certaines ONG qui se croyaient en terrain conquis, ASI a pu s’imposer et développer des actions de santé communautaire dans le district sanitaire de Podor, en particulier dans la CR de Guédé Village. D’autres actions de santé publique sont également à l’actif de l’ASI, dont la création de dispensaires à Thiès et Dakar.

Homme d’action mais aussi de style, Ciré aimait le Beau et le Bien. Il savait offrir avec élégance, dans la discrétion. Il offrait aux puissants comme aux plus humbles. Il se plaisait à offrir, et il le faisait de fort belle manière, à la fois avec magnanimité et humilité.

Nous ne te pleurerons pas Dédé Ciré. Nous garderons simplement ton souvenir vivant dans nos mémoires. Par ton comportement, tu as su incarner le bon musulman, l’homme que le modeste bédouin d’Arabie, l’envoyé de Dieu, était chargé de promouvoir, grâce à La Parole.

Par tes actes quotidiens, tu as cherché en permanence à te fondre au modèle par Excellence, Muhammad l’Envoyé d’Allah. Puisse Le Tout Puissant te réserver une place de choix auprès d’Al Karim (Le Généreux), comme récompense d’une vie remplie de …générosité.

 

Dr Issa WONE

Maristes Dakar

Dakar, le 21 Octobre 2012

issawone@yahoo.fr