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LE BLOG DE NIOXOR TINE

LES PARTISANS

WADE PÔLE DE GAUCHE

LES PARTISANS

La gauche sénégalaise ressemble à bien des égards à des groupes de justiciers. Patriotes généreux, capables du don de soi jusqu’au sacrifice suprême, elle a été de tous les fronts de la bataille pour l’épanouissement du peuple. Depuis sa naissance, elle a évolué en petits groupes restreints de combattants redoutables et bien entrainés.

On peut se permettre de faire un parallélisme historique en assimilant le fait à la stratégie des Partisans et Francs Tireurs Français organisés comme tel, pour harceler les occupants en l’absence d’une armée régulière.

Pardonnez-nous cette liberté d’user et d’abuser de ce concept si la comparaison venait à choquer des millions de patriotes dont le courage et la ténacité ont redonné fierté à un peuple dont l’armée sans être lâche s’était débinée face à l’envahisseur nazi pour des raisons diverses.

En tout état de cause, cette stratégie a eu le mérite d’assurer la survie physique et idéologique de combattants aux moyens trop limités pour mener une bataille frontale face  un ennemi mieux équipé et décidé à tout : l’impérialisme.

Si les objectifs fixés n’ont jamais varié, les différents groupes ont gardé leur autonomie et développé leur propre stratégie. La maturation des uns et des autres, l’absence d’un état major unifié, les alliances idéologiques exogènes ont fini par formater des sensibilités aux intérêts divergents puis antagoniques.

L’idée d’une unification autre que dans l’action n’a jamais été vraiment à l’ordre du jour. Quand la révolution nationale démocratique qui a fait des preuves ailleurs dans la lutte de libération nationale a été évoquée pour unir sur d’autres bases que strictement idéologiques, l’interprétation de son contenu sous un angle historique locale ne fit qu’accentuer les divergences.

Des dissensions internes (tantôt idéologiques, tantôt stratégiques et ou crypto personnelles) au sein des groupes ont contribué à des émiettements, à la naissance de nouveaux groupuscules : Bolchévistes, Maoïstes, Khodjaïstes, Cinquième Internationalistes, etc.  

C’est cette tare génétique qui semble poursuivre la gauche sénégalaise, comme un fardeau.

En lisant l’histoire sans glorification, et sans minimiser la part de patriotes anonymes et idéologiquement non marqués, on apprend que :

-       C’est bien la gauche qui a revendiqué et obtenu l’indépendance contre l’impérialisme. Le colonialisme français traumatisé et incapable historiquement de poursuivre sa domination dans les mêmes conditions avait alors conçu et mis en place partout où il état possible un groupe de valets comme bouclier, destiné à recevoir les charges des patriotes, beaucoup plus qu’à exercer le pouvoir dont le centre de décision n’avait jamais quitté la métropole.

-       C’est la gauche qui a supporté l’essentiel du combat contre le néocolonialisme en payant un lourd tribut à ces valets locaux.

-       C’est la gauche qui a déboulonné la dernière excroissance du pouvoir néocolonial, symbolisé par le pouvoir de l’UPS de Senghor.

Même si nous lui reconnaissons une tentative de reconversion idéologique animée par une nouvelle génération qui n’a pas eu l’occasion de s’affirmer au sein de cette formation rebaptisée socialiste, le pouvoir d’Abdou Diouf est resté maillon du néocolonialisme français et par conséquent une cible que la gauche a fini par abattre.

La lutte armée y compris les fameux coups de force d’officiers de gauche, sans manquer d’adeptes, a été dès l’origine étouffée et condamnée par un contexte historique et géographique spécifique. C’est peut être pourquoi, la gauche sénégalaise a très tôt opté pour un combat démocratique : la bataille syndicale et les urnes comme moyen d’acquis démocratiques et de conquête du pouvoir.

Elle n’a donc pas eu des difficultés de reconversion ou d’adaptation après la chute du mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique, le principal soutien des mouvements de libération nationale en lutte contre la domination coloniale, quelle que soit par ailleurs l’appréciation que chacun peut en faire.

            Les héritiers du régime de Senghor jetés dans l’opposition à la faveur de la première alternance ont fini leur reconversion en se débarrassant des derniers avatars des tenants du néocolonialisme français. Malgré leur éclatement en plusieurs sensibilités, ils  ont conforté leur ancrage et renforcé la gauche moins encline à débattre idéologie qu’à se concentrer pour une politique anti libérale.

- C’est pourtant cette gauche plus forte et plus largement majoritaire qui a encore mis au pouvoir un nouveau régime libéral, à la place d’un autre régime libéral en  mars 2012.

Peut être encore demain, elle le regrettera le combattra et le vaincra. Mais fera-elle enfin son mea culpa ? Choisira t-elle en son sein un nouveau président, conscient qu’une politique de gauche ne se fera qu’avec un président de gauche.

La gauche sénégalaise ne saurait se satisfaire pour longtemps de « phénomène qui maitrise les dossiers ». Elle réclame un « président normal » issu de ses flancs, moins riche et plus sensible à la misère croissante d’un peuple qui en « en a marre ».

BANDIA  Mai 2013

Bassirou Selemane NDIAYE 

 

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