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LE BLOG DE NIOXOR TINE

LYBIE: VERS UNE NOUVELLE "GUERRE JUSTE ET HUMANITAIRE"

 

Nouveaux Cahiers du socialisme

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  Mis en ligne le 10 mars 2011

Vers une nouvelle « guerre juste et humanitaire » pour s’emparer des richesses d’un peuple

Par Rodrigue Komla Kpogli • Mis en ligne le 10 mars 2011

Source : http://www.forumdesalternatives.org/FR/readarticle.php?article_id=24081

Prof­i­tant du soulève­ment des peu­ples au Maghreb, Les Etats-Unis d’Amérique et leurs cousins d’Europe veu­lent en finir avec Mouam­mar Kad­hafi et se partager défini­tive­ment la dépouille d’une Libye désor­mais con­quise. Pour ce faire, ils ont recours à une pro­pa­gande inten­sive qui rap­pelle celle util­isée con­tre l’ex-tyran irakien Sad­dam Hussein[1]. Pour mémoire, les médias occi­den­taux avaient quasi-unanimement repris l’antienne bushi­enne à pro­pos des armes de destruc­tion mas­sive qu’aurait détenu le dic­ta­teur irakien. On décou­vrira le men­songe plus tard, mais l’Irak fut déjà détruit et les ressources du pays con­fisquées. La même machine de pro­pa­gande avait été déployée con­tre Ceauçescu en 1989 en Roumanie. La presse occi­den­tale avait vu en ce dic­ta­teur le « drac­ula com­mu­niste » auteur, avait-on dit, de charniers[2] con­tenant quelques « 70.000 corps ». On parla de « géno­cide », de « charniers », de « mas­sacres », de « femmes enceintes éven­trées », de « tor­tures », de « corps brûlés dans un cré­ma­to­rium ». On évoqua des « chauf­feurs de camions qui trans­portaient des mètres cubes de corps, qui étaient abat­tus d’une balle dans la nuque par la police secrète pour élim­iner tout témoin. » Evidem­ment les charniers étaient de faux, mais le cou­ple dic­ta­to­r­ial avait été déjà fusillé. Au même moment, pas­sait sous silence l’opération d’exfiltration manu mil­i­tari du prési­dent du Panama, Manuel Nor­iega agent de la CIA qui avait cessé d’obéir au maître de la Mai­son Blanche, Georges Bush. Pour les médias occi­den­taux, cette opéra­tion n’avait fait aucun dégât humain. Sauf qu’on décou­vrira plus tard qu’au moins 2.000 per­son­nes avaient été tuées par les yan­kees [3].

Le servi­teur dévoué de la France que fut Jean-Bedel Bokassa, au moment où il allait être déchu, fut vic­time de la même pro­pa­gande [4] qui vit en lui un anthro­pophage. Subite­ment, le dic­ta­teur ami qui cou­vrait le cou­ple Gis­card d’Estaing de dia­mant était devenu « l’ogre de Berengo » qu’il faut abat­tre au plus vite pour éviter que ses « sujets cen­trafricains » finis­sent tous dans sa marmite.

Comme l’histoire se répète très sou­vent, aujourd’hui, la planète assiste à la con­damna­tion à mort de Kad­hafi par la même voie. La machine à pro­pa­gande a été mati­nale­ment déclenchée : « Kad­hafi mas­sacre son peu­ple », il « bom­barde son peu­ple », kad­hafi et ses enfants, tous « psy­chopathes sont en train de mas­sacrer le peu­ple Libyen ». Ils ont déjà fait « 6.000 vic­times [5] qui man­i­fes­taient les mains nues ». Face à toutes ces atroc­ités com­mises par un « fou », un « inculte », un « crim­inel », il faut envoyer une expédi­tion « human­i­taire » pour sauver le sol­dat Ryan sous la férule de kadhafi.

Il existe bel et bien des éléments à charge con­tre Kad­hafi. Cet homme n’est pas un ange. Pas plus que ceux qui veu­lent l’abattre d’ailleurs. Mouam­mar Kad­hafi est au pou­voir depuis 42 ans. C’est une durée suff­isam­ment impor­tante pour être sig­nalée. Ceci ne peut qu’être mal vu dans un monde qui, empêtré dans ses pro­pres con­tra­dic­tions, a fini par ériger le change­ment fac­tice comme la mesure de toute chose. Ce nom­bre d’années au pou­voir a créé for­cé­ment des pra­tiques répres­sives, clien­télistes et cor­rompues. Cette longévité au pou­voir ne fait pas que des heureux, c’est sûr. En 1996 déjà Beng­hazi a connu des trou­bles. La famille Kad­hafi a volé la Libye et placé beau­coup d’argent en Suisse, en Italie, en Angleterre, aux USA et ailleurs où ces fonds sont par­fois investis au détri­ment du peu­ple Libyen.

En plus de tout ceci, Kad­hafi et les siens se sont de près ou de loin, retrou­vés dans de nom­breux con­tentieux inter­na­tionaux. Kad­hafi a un passé « ter­ror­iste » admis par lui-même pour avoir indem­nisé les familles des vic­times du crash du DC 10 d’UTA et du boe­ing de la Panam. Même si un jour peut-être, l’histoire dira autre chose, il faut s’en tenir à ces faits. Pen­dant de nom­breuses années, il a détenu des étrangers pour avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens. Kad­hafi – à l’instar des human­i­taires occi­den­taux d’ailleurs – est reconnu comme un impor­tant sou­tien à cer­tains dic­ta­teurs africains. A l’ONU, lors de la 64ème assem­blée générale, le guide Libyen n’a pas mâché ses mots con­tre les cousins qui se parta­gent le monde et la ter­reur qu’ils exer­cent sur les peu­ples appau­vris. Plus récem­ment, la famille Kad­hafi s’est retrouvé au cen­tre d’une longue et dif­fi­cile querelle avec la Suisse suite à l’arrestation de Han­ni­bal Kad­hafi et sa femme pour mau­vais traite­ments sur leurs domes­tiques à Genève en juil­let 2008.

Mais, en réponse à ces faits, Kad­hafi accom­plit pêle-mêle, des actes qui vont lui garan­tir le retour sur ce qui est appelé la scène inter­na­tionale d’où il a été évincé – mais pas totale­ment, puisque des affaires continuaient- depuis l’embargo décidé par les Européens et leurs cousins qui occu­pent l’Amérique, les dif­férentes ten­ta­tives d’assassinat et les bom­barde­ments [6] du golfe de Syrte, de Beng­hazi et de Tripoli par les Etats-Unis d’Amérique.

Kad­hafi va libérer les dif­férents détenus, coopérer avec la jus­tice écos­saise dans l’affaire du crash de Locker­bie, indem­niser les vic­times. Il va même utiliser pen­dant toutes ces années l’argent du pét­role pour soutenir à la fois des dic­ta­teurs obséquieux et nom­bre de com­bats anti­colo­nial­istes en Afrique. Suiv­ant l’intérêt à défendre et en habile poli­tique, Kad­hafi sait pactiser avec le dia­ble et dieu. Mieux, il va prêter main forte à l’Europe à con­tenir et à réprimer l’immigration des africains. Comme les riches peu­vent tout acheter y com­pris l’âme des cupi­des, Kad­hafi va obtenir du respect de part et d’autre en achetant beau­coup d’armes aux Européens et à leurs cousins d’Amérique. Il va leur livrer du pét­role et du gaz. Il va renon­cer, dans une gigan­tesque opéra­tion de com­mu­ni­ca­tion bushi­enne qui voulait jus­ti­fier que sa « guerre préven­tive » en Irak porte ses fruits, à son pro­gramme nucléaire. Il devient le bon ami que cha­cun des hyp­ocrites arrachent. L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Si on ne le lui prend pas, « d’autres le fer­ont à notre place ». C’est la Realpoli­tik, affirmait-on !

Puis vint le soulève­ment des peu­ples au Maghreb. Les « meilleurs élèves » de la Tunisie et de l’Egypte vont être éjec­tés. Pour ne pas tout per­dre, les Occi­den­taux vont militer pour que leurs deux « alliés de la région » par­tent. Le sys­tème doit être sauvé et pour cela, il faut court-circuiter les peu­ples en essayant de paral­yser leur élan avec le départ de Ben Ali et Mubarak. Mais, ces peu­ples ont com­pris que le départ des deux hommes n’équivaut pas change­ment de sys­tème car depuis leur « fuite » organ­isée, la rue con­tinue de man­i­fester afin que la révo­lu­tion aille à son terme.

Pour ne pas laisser cette occa­sion passée, il faut sus­citer quelque chose en Libye. Pour attein­dre cet objec­tif, on va nous dire que la vague de la révo­lu­tion a atteint la Libye. Donc, c’est la révo­lu­tion libyenne. Laque­lle est en train d’être réprimée sauvage­ment par Kad­hafi. La cam­pagne va être organ­isée et la meute va puiser dans son éter­nelle boîte à out­ils et sor­tir des armes tra­di­tion­nelles réputées impa­ra­bles : les médias, les insti­tu­tions inter­na­tionales (ONU, UE), les ONG auto­proclamées de défenses des droits de l’homme financées par les multi­na­tionales (FIDH, Amnesty Inter­na­tional, HRW, Croix Rouge…), les out­ils mil­i­taires mul­ti­latéraux (OTAN) et uni­latéraux (US Marines) qui font vivre leurs pays respec­tifs du crime, le marteau judi­ci­aire (la CPI [7], le TPI), l’argent (donné le plus sou­vent par les entre­prises multi­na­tionales qui sont les vrais insti­ga­teurs de ces opéra­tions) et les groupes dits d’intellectuels amoureux des « causes justes » à géométrie vari­able. Tout cet arse­nal est cha­peauté par le sac­er­doce human­i­taire à l’égard des peu­ples qui sont en dan­ger de mort.

Les médias vont donc déclencher les hos­til­ités. Kad­hafi, le « bouf­fon » est en train de bom­barder son peu­ple [8]. Cette idée inces­sam­ment martelée finira par porter l’émotion est à son comble. Qui, dans ces moments d’intense exer­cice men­tal, ne se représen­terait pas le vis­age de ce Kad­hafi « le fou », « le crim­inel ». Ce per­son­nage ter­ri­fi­ant, ce bédouin aux ver­res fumées qui voit tout sans être vu. Il ne répond pas aux codes de la société occi­den­tale. Il est méprisant. « C’est sûr, il est en train de mas­sacrer son peu­ple », entend-on dire. Comme on ne peut éter­nelle­ment rester dans l’imagination, des images vont finir par être mon­trées à la télévi­sion. Et là, on s’aperçoit que la révo­lu­tion en Libye ne se déroule pas comme en Tunisie ou en Egypte. Ici, c’est un groupe de per­son­nes qui a pris les armes et occu­pent des villes où le pét­role est pro­duit. Alors, le lan­gage va changer. Désor­mais, on passe de la révo­lu­tion à l’insurrection. Les médias par­lent désor­mais des insurgés [9] et des rebelles [10]. Mais en dépit du nou­veau vocab­u­laire médi­a­tique, beau­coup d’esprits sont déjà struc­turés et prêts à accepter « l’invasion humanitaire ».

Ensuite, les ONG d’obédience pétro­lifères (FIDH, AI, HRW) entrent en scène. Elles don­nent un chiffre de 6.000 morts. Aus­sitôt, les médias repren­nent ce chiffre et le répè­tent afin que l’émotion atteigne effec­tive­ment son parox­ysme et y reste. Ces organ­i­sa­tions dites de défenses des droits de l’homme vont revoir ensuite ce chiffre à la baisse. Quelques heures après avoir parlé de 6.000 per­son­nes mas­sacrées, le nom­bre de vic­times passe à 2.000 per­son­nes [11], puis, elles seront de 3.000. Même quand les images de télévi­sion (France24) mon­trent com­ment les com­bats se déroulent et qui sont les rebelles [12], on per­siste à dire que ce sont des pop­u­la­tions civiles qui sont mas­sacrées. Le ven­dredi 4 mars 2011, sur la RSR (radio suisse romande), un habi­tant d’une ville sous con­trôle rebelle a déclaré que les pilotes de l’armée nationale ne bom­bar­dent pas les pop­u­la­tions civiles. Mais qui a écouté ça ? Qui scrute les reportages à la télévi­sion et en tire par lui-même des conclusions ?

Kad­hafi, pour l’opinion dite inter­na­tionale, est un mon­stre, soit ! Les Occi­den­taux ont de nom­breux comptes à lui régler, c’est sûr. Mais, ce qu’on voit là est-ce une révo­lu­tion pop­u­laire ? Est-ce une rébel­lion armée ? Est-ce tout sim­ple­ment une guerre civile ? La réal­ité sur le ter­rain ne contredit-elle pas la fic­tion d’une révo­lu­tion pop­u­laire paci­fique mas­sacrée par « le fou de Tripoli » ?

Mal­gré ceci, l’oncle Sam qui n’a jamais caché son inten­tion de s’emparer de la Libye, a déployé un arse­nal mil­i­taire impres­sion­nant en sa direc­tion avec la propo­si­tion d’un exil à Kad­hafi comme option [13]. Ses lieu­tenants bri­tan­nique et cana­dien l’ont suivi aus­sitôt [14]. Les européens qui ont com­pris les con­séquences de cette avance sur eux, car eux par­laient d’une action de l’OTAN, ont com­mencé par trainer les pas [15]. Car, ils savaient que le déploiement de leurs cousins d’Amérique sig­ni­fie qu’ils veu­lent s’arroger la part du lion libyen au cas où Kad­hafi venait à être ren­versé [16]. La France dit à présent, à tra­vers qua­si­ment tous ces hommes poli­tiques qu’elle ne croit pas à un suc­cès d’une opéra­tion mil­i­taire [17]. Elle est bel et bien con­sciente de ce que veut l’Oncle Sam qui cherche à sig­ni­fier aux Européens que les richesses de la Libye sont à redis­tribuer car elles sont restées trop longtemps entre les mains des européens : achat d’armes, gaz et pét­role notamment.

Autrement dit, met­tre la pres­sion à l’Europe pour gag­ner dou­ble­ment : ne pas inter­venir directe­ment en Libye (leçons d’Afghanistan et d’Irak oblig­ent) et dans le même temps pren­dre à l’Europe une sphère d’influence et des richesses sup­plé­men­taires avec sa pro­pre action. Celle-ci préoc­cupée par la « vague d’immigrés qui risque de l’envahir » hésite à présent à s’engager dans cette nou­velle « guerre juste ».

C’est un tru­isme de dire qu’il se passe actuelle­ment en Libye une guerre. Comme dans toute guerre la vérité est la pre­mière vic­time. Des livraisons d’armes aux rebelles sous cou­vert des bal­lets d’avions human­i­taires, il se passe sûre­ment. De la for­ma­tion, les rebelles en reçoivent de la part de leurs sou­tiens. Des vic­times, il y a en. D’ailleurs Kad­hafi a appelé l’ONU à ouvrir des enquêtes [18]. Mais, non ! Moreno Ocampo, la mar­i­on­nette, a déjà sorti la rhé­torique habituelle du CPI con­tre les faibles : « crimes con­tre l’humanité ». Puis, Inter­pol est mis à con­tri­bu­tion [19]. Ah, la CPI ! Ah, Inter­pol ! Tou­jours aussi forts avec les faibles et si impuis­sants avec les forts.

Le peu­ple libyen, comme tout autre peu­ple, a le droit indis­cutable de se débar­rasser des dirigeants qui ne lui sont pas favor­ables. Mais ce droit est à lui seul. Des « guer­res justes » s’il faut en faire, il va fal­loir les débuter con­tre les Etats-Unis d’Amérique [20], par Israël [21] et par l’Europe [22] qui n’ont de cesse de tuer des pop­u­la­tions civiles pour sat­is­faire leur soif d’expansion et de ressources. Les Libyens quant à eux, savent ce qui est de leur devoir. Ils le font déjà avec la pleine con­science des dif­fi­cultés liées à toute lutte pour la lib­erté. Ils n’ont pas besoin d’une « assis­tance human­i­taire » qui « dégage » Kad­hafi et le rem­place par un roitelet obéis­sant qui livre quasi gra­tu­ite­ment – et cela a déjà commencé- les puits de pét­role et d’autres ressources du pays à Total, Tex­aco, Shell, BP, Exxon Mobil…ainsi qu’à des entre­pre­neurs de la mis­ère des peu­ples. C’est à dire un « démoc­rate » comme les cousins aiment à en avoir près des ressources dont ils s’emparent. Les peu­ples n’en ont que faire des « libéra­tions » réal­isées par le devoir d’ingérence human­i­taire des cousins d’Amérique et d’Europe. Il faut rap­peler, à ce stade, la morale de l’histoire de l’humanité : l’Occident ne roule jamais pour les autres. Pas plus pour des idées « abstraites » genre Lib­erté, Démoc­ra­tie, Paix, Jus­tice. Ce qu’il aime défendre ce sont SES I-N-T-E-R-E-T-S [23] ! Ni plus ni moins ! Car, en défini­tive et à voir les choses de près, l’Occident n’est out­illé que pour ses I-N-T-E-R-E-T-S.

http://lajuda.blogspot.com

 

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