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LE BLOG DE NIOXOR TINE

POOT MI (LE LINGE SALE DE LA POLITIQUE)

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POOT MI

Par Bassirou Sélémane NDIAYE

 

La politique est un linge. Un grand linge, avec ses acteurs, ses facteurs  et ses paramètres. Des paramètres économiques, historiques, socioculturels, structurels ou conjoncturels, bref, environnementaux.

Les acteurs sont des hommes, de simples humains animés par un idéal personnel de structuration ou de restructuration d’une société dont le mode de fonctionnement n’est pas à leur convenance. L’engagement en politique est donc motivé par l’aspiration individuelle à assouvir des désirs pour soi et ou pour un collectif aux échelles multiples. Cet idéal est forcément matériel et moral, donc de pouvoirs.

Le matériel, c’est surtout la part de pouvoir économique, financier, le capital meuble et immobile.

L’aspect moral c’est la hiérarchie sociale, le rang conféré à chacun et ou à chaque groupe social par le système, dans l’organigramme à la bourse des valeurs. C’est aussi l’harmonie entre la représentation architecturale que chacun se fait de la société et cette société telle qu’elle est, avec ses lois, son mode de fonctionnement et les interrelations standardisées entre les individus, entre les individus et les collectifs, et entre les collectifs.

Pour faire un linge, nous avons besoin de :

-       l’eau propre appelée à absorber la souillure jusqu’à s’y confondre avant de se perdre dans la vase aux merdes ;

-       le savon dont le rôle est d’être frotté jusqu’à l’usure totale puis, dissout sans honneur et sans sépulture ;

-       l’énergie pour activer et catalyser un processus complexe d’unités et de contraires : la force physique, l’air, la lumière, la chaleur, etc.,

-       l’objet matériel pour lequel, facteurs et acteurs sont mobilisés enfin.

La politique est un linge social où facteurs et acteurs se confondent. L’eau, le savon, l’énergie, s’identifient à des hommes et à des femmes qui épousent ces rôles par conviction, ou par nécessité.         

Au sein des dynasties où les rôles sont distribués suivant des critères de naissance,  les choses peuvent paraitre relativement simples. En république, où aucun rôle n’est prédestiné, tout devient complexe du fait de l’interchangeabilité d’acteurs aussi différents.

L’égalité entre les hommes n’est qu’une proclamation de foi, parce que les hommes ne sont égaux ni matériellement ni moralement. La culture, l’éducation et la génétique jouent peut être un grand rôle dans la classification des hommes et facilite leurs regroupements dans des collectifs appelés familles. Qu’elles soient raciales, biologiques, sportives, politiques ou idéologiques, etc., les familles restent des collectifs différenciés et hétérogènes avec des intérêts individuels différents, parfois contradictoires jusqu’à l’antagonisme.

Nous reproduisons peut être sans le vouloir les modes de transmission de pouvoirs des dynasties. L’environnement professionnel familial (attractif ou non), est un premier paramètre de transmission de pouvoirs. Les fonctions politiques et socio économiques aussi. En optant d’hériter ou de s’éloigner des professions ou activités des parents, l’enfant choisit déjà aussi une orientation. Bien sûr, nous parlons bien de la famille au sens large, biologique, idéologique, politique, économique, culturelle, et religieuse. L’enfant dont il est question ici n’est pas que  biologique, il est idéologique, culturel ou pédagogique, en tout cas, historiquement légitimé pour faire prévaloir son droit à l’héritage d’une individualité ou d’un collectif.

Les aspirations à l’héritage peuvent être une source de conflit. Il s’apparente pourtant à un passage de témoin dont ni l’ordre ni le sens ne doivent être inversés. Le ping-pong Poutine/Medvedev n’étant que l’exception qui confirme la règle.

Au sein d’une famille biologique, le passage de témoin entre un père et un fils qui est un processus dialectique peut se révéler conflictuel voire dramatique. Au sein d’une famille politique ou philosophique, il devient complexe parce que régi par d’autres paramètres que la dialectique du temps et de l’espace.  

Dans l’esprit olympique il est symbolisé par la course de relai. Les acteurs se transforment alors en mécaniques dont l’objectif de chacun est d’engranger le maximum d’avantages à transmettre au suivant (son héritier) dans les meilleures conditions y compris le plus rapidement possible.

S’il fait corps avec son héritier, s’il est tenu de l’accompagner à son départ, le transmetteur de témoin dans la course de relai est soumis à des limites codifiées à ne pas franchir.

A l’exception de rares grands hommes dont l’illustre Nelson Mandela et le pape Benoit XVI, peu d’hommes de pouvoirs ont cherché à s’inspirer de ce symbole olympique.

N’est ce pas cette réticence des hommes à passer le témoin des pouvoirs qui oblige les démocraties à en limiter l’exercice dans le temps et dans l’espace ? Mais l’homme rebelle, cherchera toujours à interpréter la loi et les règlements.

La tempête en gestation à Ndoumbélaneparticipe bien de cette volonté politique à lire le droit inaliénable de disposer de deux mandats à la place de l’obligation de ne pas en exercer plus de deux.

La rumeur d’un désaveu éventuel par les populations d’un tel cas de figure alimente les discussions parmi les cercles des initiés et justifie les premiers accrochages au sein des grandes écuries politiques du royaume.

Il n’y a pas de doute, si la volonté de la coalition actuelle est d’assurer ce second mandat dans l’ordonnancement actuel des hommes et des pouvoirs, elle parviendra à ses fins. Si elle venait à se fissurer soit par désagrégation des éléments constitutifs ou par fragmentation au sein des partis et groupes de partis en son sein, tout devient aléatoire. Et il faudra aller vers de nouvelles coalitions, c'est-à-dire une nouvelle recomposition des forces politiques de Ndoumbélane.

Dans cette perspective, la gauche serait en retard si on s’en tient aux rapports multilatéraux (froids comme un âtre d’été) de ses composantes.

Malgré des dettes lourdes à solder, des contentieux et des fossés incommensurables entre ses différentes composantes, les libéraux continuent de clamer leur volonté de reconstruire leur famille.

Pendant ce temps, éclatée en plusieurs morceaux à la veille des dernières présidentielles, après plusieurs années de compagnonnage et de succès, la gauche semble encore tétanisée par son échec et se morfond dans cette coalition déjà baptisée « supu kanja » par quelques uns des siens.

Répétons-le : La politique est un linge social où facteurs et acteurs se confondent. L’eau, le savon, l’énergie, s’identifient à des hommes et à des femmes qui épousent ces rôles par conviction, ou par nécessité.   

Malgré tout le respect dû à leurs rangs et à leurs rôles dans ce processus, chacun voudrait se voir ou voir son élu de cœur être l’objet qui mobilise les acteurs et les facteurs, c'est-à-dire le Prince et son trône.

Nous sommes en république et  la dynastie a été démocratisée même si Ndoumbélaneconserve dans son essence sa faculté de royaume. On ne naît pas prince à Ndoumbélane, on le devient. Le trône peut donc être convoité par chaque citoyen. Le parcours du Gladiateurest là pour faire foi, même s’il lui a fallu se faire enrichir par des « amis » à coups de milliards dont on ignore l’origine. Mais Goorgorluqui ne croit pas du tout à cette version, nous démentira certainement. Dans sa quête quotidienne de DQ, il n’a encore jamais rencontré d’ « amis » prêts à le dispenser ne serait-ce que d’une journée de son laborieux parcours.

Dans tous les cas, si les milliards sont indispensables pour aller à la conquête du trône, cela ne devrait pas être un handicap pour la gauche. Le seul handicap insurmontable, c’est la volonté de s’accorder sur un Prince d’une part, et la mobilisation d’« amis » milliardaires de gauche (identifiables à vue) d’autre part, pour l’aider dans son ascension.

Mais Ndoumbélanen’a pas son Karl Marx et son Frederick Engels pour mettre tous leurs biens au service d’une cause. Il n’a pas également son Ernesto Che Guevara pour donner son sang à la révolution.

Autant dire que pour la gauche, le trône de Ndoumbélanerestera longtemps encore une pièce rare à contempler derrière les vitres de l’illusion.

BANDIA, MARS 2014

 

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