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LE BLOG DE NIOXOR TINE

QUIPROQUO

diakhate aprWilson Churchill avait fait à Staline cette remarque : « Nous sommes d’accord sur tout, mais j’ai l’impression que les mots ne veulent pas dire la même chose pour nous ».

Ce sentiment est certainement partagé entre les tombeurs de Gorgui (toute obédience confondue), et ses anciens alliés aujourd’hui, dans l’opposition.

Le malaise exprimé par les uns et les autres n’a pas les mêmes causes et n’appelle pas du tout les mêmes remèdes. Là où les uns réclament plus de célérité dans l’amélioration de leurs conditions de vie mises à rude épreuve par douze ans de népotisme et de gabegies, d’autres à défaut d’être nostalgiques d’une situation à jamais révolue, demandent qu’on leur laisse la liberté de profiter sans heurt de leurs butins.

Affectée aux écuries d’Augias après le passage dévastateur de l’ouragan bleu, la nouvelle équipe gouvernementale peine à définir ses priorités, ou du moins à les faire partager : Nettoyer la saleté ou ravitailler ses occupants. Mais nous ne sommes pas face à une alternative, car la faim n’occulte pas la soif de justice.

La volonté affichée du gouvernement de recouvrer des biens de la nation volés ou dilapidés par des prédateurs qui se croyaient tout permis et le rétablissement d’un état plus juste et plus équitable, doit aller de pair avec l’exigence légitime de satisfaction des revendications matérielles et morales des citoyens.

Evidemment, beaucoup de puristes perdraient leur latin dans cette situation, et le danger d’une jonction sur le terrain géographique d’armées n’ayant pas le même objectif politique est à craindre, pour le malheur de la république.

Les germes de cette jonction ne sont ils pas déjà perceptibles ?

D’un coté, l’opposition travaille subtilement à cet état de fait,  en tentant de faire croire au président qu’il ne doit rien à personne pour son élection et qu’il gagnerait à gouverner sans sa coalition.

De l’autre, « ses » partisans (souvent sans expérience politique et pressés d’accéder aux commandes), lui conseillent de se démarquer d’une alliance historique assimilée à de la tutelle. C’est une mauvaise lecture de la réalité politique et sociale,  la mauvaise foi, du moins pour l’instant. La loyauté des alliés vaut mieux que la subordination de militants en quête de faveurs matérielles.

Rien ne permet aujourd’hui, de dire que tel ou tel allié s’oppose à une décision du président ou l’empêche de mettre en œuvre la politique pour laquelle il a été élu.

Dans ces conditions, la massification artificielle du parti du président débouchant vers « une large victoire aux élections locales » considérées à tort ou à raison comme un test de maturité pour gouverner seul, ne signifie pas apport de nouvelles compétences, mais beaucoup plus, la concentration des frustrations inévitables sur une seule cible : le président.

Qu’on ne se fasse pas d’illusions. La rupture réclamée par les partisans ou souhaitée par l’opposition se fera dans la douleur et renvoie à des souvenirs qu’on aimerait bien oublier.

Si le corps électoral reste relativement facile à mobiliser, le militant demeure une denrée rare. Massifier au forceps le parti présidentiel se résumerait simplement en l’ouverture d’une marmite aux transhumants, vers laquelle plongeraient sans jamais se dissoudre tous les hommes politiques-jumbo en attendant qu’une nouvelle marmite plus juteuse soit mise au feu.

Or, pour accomplir les douloureuses mesures indispensables à la république, il ne suffira certainement pas seulement de se compter pour justifier une légitimité, mais bien d’un large consensus et d’une solidarité à toute épreuve.

S’opposer à ce consensus, renoncer à cette solidarité républicaine, c’est également s’opposer au président.

Sous cet angle, les premiers opposants au président seraient donc du coté de ses laudateurs du moment.  


BANDIA, Avril 2013

Bassirou Selemane NDIAYE

FATICK