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LE BLOG DE NIOXOR TINE

L'ULTIMATUM DE RASPOUTINE

27 Décembre 2014 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #INVITES DE LA REDACTION

W A S S A R (LES DÉS SONT JETÉS)

Par Bassirou Sélémane NDIAYE

Les regroupements humains sont régis par des relations dynamiques qui évoluent en subissant des mutations profondes dans l’espace et dans le temps. C’est pourquoi, les serments de fidélité ne sont que des déclarations d’intentions traduisant une illusoire volonté humaine de figer le temps à des instants de satisfaction matérielle et ou morale des acteurs. Inéluctablement les relations les plus sacrées, les liens les plus solides, subissent le poids du temps.

Les séparations naturelles ou relevant de la volonté humaine, se font souvent dans la douleur, même si elles peuvent augurer d’un espace de mieux-être et de nouvelles relations plus fécondes et plus bénéfiques pour les acteurs en conflit. Qu’il s’agisse de l’expulsion d’un nouvel être du sein de sa mère, de séparations d’amis et de conjoints, ou du sevrage d’un enfant, une rupture bien gérée peut ne pas se confondre avec un rejet mutuel ou unilatéral mais beaucoup plus comme une décision consciente de bâtir de nouveaux types de rapports.  Les « divorces à l’amiable » sont ainsi une forme de gestion responsable des séparations, en dehors de toute volonté de nuisance. Le parricide étant une forme violente et souvent condamnable de rupture entre des générations est un couac dans la nécessaire transmission de relai, retardée ou accélérée à tort ou à raison par une des parties.  La mort autre cause de séparation, est la sentence de Dieu et ou des dieux devant laquelle tous finissent par se plier. Ndoumbélaan, n’échappera pas à cette constante de l’histoire. Ceux qui s’y opposent n’ont certainement rien compris à la dialectique. 

Mais pourquoi alors Raspoutine le gourou au service du Gladiateur et ses partisans s’acharneraient-ils à demander à des humains de figer le temps comme dans un roman d’amour ? Au nom de quelle logique des vieillards n’ayant d’autres souhaits que de mourir dans leurs lits moelleux exigeraient-ils d’une génération qu’elle renonce à ses ambitions de transformer le monde, son monde ? L’invitation faite aux membres de la coalition de ne pas se présenter contre le Gladiateur ne s’adresse pas à des hommes isolés, fussent-ils des chefs, mais bien à des partis politiques avec des hommes et des femmes unis autour d’un idéal par des relations dynamiques en mutation perpétuelle, qu’une volonté commune de stabilité ne suffit pas à rendre statique.

La grande coalition qui a mis fin à l’ère de l’Empereur est arrivée à son terme, comme une gestation viendrait à maturité. Quelle que soit la volonté des uns et des autres de la prolonger, Ndoumbélann doit accoucher et forcément dans la douleur, physique et ou morale. Pourvu seulement que tout se fasse dans les moindres proportions et sans risque de complications ultérieures. Conserver l’embryon au-delà du terme ne ferait de bien à personne.

Malgré une certaine pudeur à l’assumer, les coalitions de partis politiques sont bien des groupements d’intérêts économiques, matériels et ou moraux. La priorité accordée aux types d’intérêts fait des uns et des autres des chasseurs de prime sans scrupules et ou des idéalistes.  C’est justement ces penchants humains qui constituent le premier ferment de division.  

En entonnant la trompette des déçus autour du Gladiateur, accusé à tort ou à raison de faire la part trop belle à ses alliés de la XXIV heure,  Raspoutine vient de provoquer sans résultat, du moins pour le moment, une tentative d’un accouchement forcé, peut être d’un avortement. Pourquoi une telle initiative à ce moment ?

Le vieux clandestin c’est une évidence, n’est pas un stratège militaire au sens classique du terme. Il n’a jamais appartenu qu’à des groupuscules d’agitateurs, plus snipers que combattants. Contrairement au Gladiateur, il est mal à l’aise au mess des officiers de cette grande armée mexicaine, avec ses bataillons et ses corps d’armées si différents et si complémentaires qui échappent à son contrôle, à sa compréhension simple et simplifiée de la hiérarchie.

Il ne connait pas les alliances mais veut des allégeances synonymes de don de soi à son semblable du moins pour un bail.

C’est pourquoi il a toujours nourri une ambition incontrôlée de les désarmer, de leur ôter toute autonomie et à ses ordres, même sous les tranchées. En demandant à ses alliés de désarmer ou de se saborder, il vient de réveiller le réflexe de survie de masses en léthargie.

Raspoutine le gourou au service du Gladiateur savait pourtant que sous les tranchées se camouflaient des combattants prêts à en découdre avec le Gladiateur. Ce qu’il ignorait c’était leur nombre et leurs puissances de feu. Parce qu’il a échoué à les deviner, il vient d’utiliser l’artillerie lourde en tirant sans sommation pour les débusquer. Que voulait     réellement Raspoutine à travers ses déclarations ? Provoquer ses anciens camarades ou simplement faire plaisir au Gladiateur ?

On peut dire sans risque d’être démenti que sa « fatwa » visait uniquement et spécifiquement la gauche presque entièrement comprise dans la coalition. Or, exclure la gauche des prochaines consultations c’est aussi figer au mieux son compteur au premier tour des scrutins de 2012 et favoriser un duel entre libéraux. L’immanquable gouvernement d’union ou de majorité présidentielle qui en résulterait devrait donc de toute évidence enterrer la gauche ou ce qui en reste.

Erreur ou stratégie ? A-t-il agi avec la complicité du Gladiateur qui vient de le désavouer (du moins publiquement), ou en tireur isolé ? L’histoire le dira.  En attendant, Ndoumbélann retient son souffle.

  • Ceux qui rêvaient d’un « doxantu » pour aller cueillir un second mandat taillé sur mesure comme une robe de mariée, savent désormais qu’il faudra livrer bataille.
  • Ceux qui escomptaient sur le temps pour effacer des mémoires les casseroles fumantes de pétrole et milliards de marchés de gré à gré, entrevoient déjà les portes de Rëbëss pour méditer sur leur sort.
  • Enfin, les éternels rats de cour, toujours à l’ombre du pouvoir, entament la longue marche nocturne pour le dépôt des demandes d’emploi auprès des potentiels vainqueurs.

Pauvre Raspoutine ! Maintenant les dés sont jetés. Même le faiseur de roi, qui croyait avoir dit la messe une fois pour toutes à ses ouailles, doit faire face à une fronde à laquelle il ne s’attendait pas.

Sur fond d’un Acte III complètement raté et  vecteur de toutes les rebellions en sourdine, ses frères-ennemis en charge de la gestion de la capitale, voient là une raison de rompre les civilités. Chaque acte posé sonnera désormais comme une promesse de campagne,  une prise de position “ inéquivoque ” par rapport à la politique nationale dont le Gladiateur, quoi qu’en pensent ses partisans et adversaires, reste le seul comptable pour avoir dit sans ambages  écouter ses alliés et « ne conserver que ce qui est bon ». … pour lui.

BANDIA, Décembre 2014

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