Le blog de Nioxor Tine - Analyses politiques et syndicales au Sénégal

UN PRÉSIDENT POLITIQUEMENT ORPHELIN

25 Mai 2026 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #BILLETS DE NIOXOR, #ALTERNATIVE 2024, #POLITIQUE NATIONALE

Il faut se rendre à l’évidence : soixante-six ans après notre accession à l’indépendance formelle, malgré la victoire du camp patriotique lors de la présidentielle de mars 2024, notre démocratie reste toujours dysfonctionnelle.

UNE RÉVOLUTION DE PALAIS ?

Le limogeage d’Ousmane Sonko intervenu ce 22 mai 2026, n’est rien d’autre qu’une nouvelle variété de putsch après ceux constitutionnels ou institutionnels, perpétrés par nos différents présidents, depuis l’article 35 de Senghor jusqu’à la tentative d’annulation du scrutin présidentiel de 2024 par Macky Sall, en passant par les modifications du nombre et de la durée des mandats par Diouf, Wade sans oublier nos voisins Alpha Condé, Ouattara… !

Il s’agit cette fois-ci de ce qu’il faut bien caractériser de « révolution de palais » rappelant étrangement la mise à l’écart du président Mamadou Dia par son ami, le poète-président, allié aux barbouzes de la Françafrique. Dans les deux cas, il s’est agi d’intrigues confinées dans les plus hautes sphères de l’Etat, sans une quelconque participation populaire, en vue de mettre le holà sur une orientation populaire, anti-impérialiste et vertueuse des régimes en place.

UN « DEALOGUE » A LA SAUCE MACKY

C’est donc, en toute logique, que l’éviction de la Primature, de la figure morale de la révolution patriotique sénégalaise, incarnant les valeurs de souveraineté, de refus de la corruption et de défense intransigeante des intérêts nationaux survienne quelques jours après le sommet françafricain de Nairobi. Elle coïncide également avec la tenue du fameux dialogue national marqué par le défilé au Palais de la République, de « fantômes » politiques, dont certains (pas tous !) étaient plutôt attendus au Palais de Justice, car soupçonnés d’être des délinquants à col blanc et/ou des clients du la CPI, présumés auteurs ou complices de crimes contre l’Humanité.

Résultats des courses : le dialogue de Diomaye ressemble à s’y méprendre à ceux de Macky, qui n’ont servi qu’à entériner des forfaitures comme l’éviction de rivaux politiques, les tripatouillages du code électoral, le vote de la loi scélérate sur le parrainage citoyen ou le report illégal de l’élection présidentielle de février 2024.

Voir ci-dessous, la version audio en podcast 

UNE PERSONNALITÉ POLITIQUE NON IDENTIFIÉE

En limogeant son Premier ministre et non moins ex-mentor politique, le président de la République devient politiquement orphelin, devenant ainsi une « personnalité politique non identifiée » (PPNI).

Au nom de quelle majorité gouverne-t-il encore le Sénégal ?

 C’est le lieu de rappeler encore une fois, que la logique, l’éthique et la déontologie commandent la convocation d’une élection présidentielle anticipée, après la démission du président, du moment qu’il ne se reconnaît plus dans la ligne du Parti, qui l’a porté au pouvoir, même s’il continue de s’en réclamer. Tant et si bien que son maintien au pouvoir ne trouve sa raison, que dans le désir supposé de saboter la transformation systémique en cours et d’affaiblir le PASTEF ainsi que les autres forces anti-impérialistes, en tirant profit de la nature hyperprésidentialiste de notre système politique.

QUELLES LEÇONS TIRER DE LA CRISE ?

Après son accession au pouvoir, il était du devoir du PASTEF de prendre la pleine mesure de la nature dysfonctionnelle de notre Démocratie, certes pourvue d’institutions formelles, (ayant permis la survenue de trois alternances), mais dont la nature obsolète et le caractère nocif à la Démocratie ont été actés, de manière consensuelle, lors des Assises Nationales.

L’hyperpésidentialisme, en particulier, est devenu un frein à l’approfondissement de la Démocratie et au développement socio-économique de notre pays. La crise actuelle prouve, de manière éclatante, la nécessité de faire de l’Assemblée Nationale, le centre d’impulsion de la vie politique, au sein duquel, la majorité élit le premier ministre, mais peut aussi le démettre et le remplacer par une autre personnalité de la même mouvance politique. C’est le lieu de saluer la posture digne du président de l’Assemblée Nationale et de fustiger les fauteurs de troubles de l’Opposition milliardaire et leurs affidés, qui tentent d’empêcher le président du PASTEF de retrouver son siège de député. À trop tirer sur la corde, elle finit par se rompre ! Essayons de gérer notre vie politique de manière apaisée et laissons le peuple souverain continuer à arbitrer nos confrontations politiques pacifiques !

Le peuple sénégalais se trouve actuellement dans l’attente d’un nouveau Premier ministre, qui n’aura pas de comptes à rendre à la majorité parlementaire, mais sera un béni oui-oui, une marionnette entre les mains d’un Président soutenu par des lobbies occultes.

Un autre aspect a trait au respect scrupuleux des droits et libertés de tous les citoyens, sans distinction d’appartenance politique, ce qui implique la suppression de toutes les lois liberticides de notre arsenal juridique et l’éradication de l’idéologie carcérale, prônant le primat de la détention sur la liberté, au sein de la magistrature et des FDS.

Le fait d’avoir sous-estimé ces questions institutionnelles, malgré les appels incessants de certains « vieux patriotes » et des membres du Sursaut citoyen, initiateurs du pacte de gouvernance démocratique signé par la candidat Bassirou Diomaye Faye explique, pour une grande part, la crise au sommet que vit notre pays, actuellement.

Il ne reste plus au camp patriotique qu’à remettre le métier sur l’ouvrage, qu’à utiliser à bon escient, les fortes positions acquises au sein du Parlement et surtout à mobiliser les masses populaires pour aller vers une refondation institutionnelle holistique et empêcher le dévoiement de notre Révolution pour parachever l’excellent travail déjà entamé.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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