Le blog de Nioxor Tine - Analyses politiques et syndicales au Sénégal

CHANGEMENT DE CAP, ENTRE PERVERSION ET INCOHÉRENCE

13 Septembre 2026 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #BILLETS DE NIOXOR, #POLITIQUE NATIONALE

Assurément, les deux dernières semaines ont été instructives et riches en symboles révélateurs du drame qu’est en train de vivre le peuple sénégalais. Il s’agit notamment de l’accord technique avec le Fonds Monétaire International (FMI), de la déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre et des mesures individuelles prises au cours du conseil des ministres

Au-delà de l’insécurité alimentaire sévissant dans certaines contrées du pays et de la hausse généralisée des prix des denrées de première nécessité, il est surtout question de la grande souffrance morale des citoyens de notre pays.

UNE DPG, ENTRE CONCILIATION FEINTE ET MYTHOMANIE

La première cause de ce mal-être qui traverse le corpus social est le fait que notre ancien Premier ministre « trop véridique », refusant de comprendre, que toutes les « vérités ne sont pas bonnes à dire » a été remplacé par un chef de gouvernement versant dans la mythomanie.

De fait, sur un ton accommodant, il jongle avec ses mots, versets et nos maux pour nous convaincre que son gouvernement est toujours dans le sillage du précédent et que sa boussole reste l’Agenda National Sénégal 2050. Quant aux recettes mortifères du FMI, elles constitueraient un traitement salvateur pour notre économie et non point cette restructuration honnie, que l’ancien premier ministre et ses amis politiques abhorrent.

Mais son "exercice d'envoûtement de haute voltige", qui n’est pas sans rappeler une autre déclaration de politique générale, celle de Mr Idrissa Seck, du 3 février 2003, plombé par l’aveu retentissant de faillite des finances publiques et de manque de liquidités, n’a pas eu de prise sur des députés vaccinés avec du « sérum patriotique ».

Et s’il a échappé à la motion de censure, c’est que non seulement, il est attendu au tournant des sessions budgétaires, mais aussi, parce que le PASTEF s’inscrit encore dans une perspective de pacification de l’espace politique.

Car, il ne fait de doute pour personne, que cette entreprise grotesque et suicidaire de vouloir neutraliser le PASTEF est vouée à l’échec, d’autant qu’on assiste à une résurrection des « pratiques politiques perverses, dont on pensait qu’elles étaient révolues.

PRATIQUES POLITIQUES PERVERSES

Il y a par exemple le clientélisme et la corruption politiques illustrés, de manière caricaturale par les mesures individuelles prises lors du dernier Conseil de ministres, en ce que l’appartenance partisane a été érigée en critère exclusif de nomination à de hautes fonctions étatiques. Ainsi, il a été procédé au remplacement systématique, poste pour poste, de plusieurs dizaines de directeurs et présidents de conseils d’administration de la mouvance PASTEF par des « mercenaires » transhumants récemment enrôlés par le KIIRAAY. Les dirigeants de premier plan de ce nouveau parti présidentiel, dont certain.es cité.es dans de ténébreuses affaires de malversations financières s’adonnent à la rhétorique inversée, accusant le Président du PASTEF de détournement d’objectifs sur les fonds spéciaux de la Primature. Entretemps, certains députés de la majorité parlementaire s’interrogent sur l’identité véritable de l’initiateur de la Fondation Sénégal Solidaire (FSS) et redoutent un abus de biens publics, c’est-à-dire l’utilisation de l'argent du contribuable pour financer des campagnes électorales ou enrichir des proches.

Pendant ce temps, les retraités de la SOTRAC, de la SIAS, d’AMA Sénégal, en grève de la faim pour réclamer les 11 milliards, qui leur sont dus, se désolent à propos des 500 millions généreusement offerts par la FSS aux JOJ.

On comprend alors rétrospectivement les recours désespérés du gouvernement auprès du conseil constitutionnel, sur l’encadrement des fonds spéciaux !

COMPORTEMENTS POLITIQUES INCOHÉRENTS

En un mot comme en mille, il s’agit de ressusciter, de manière grossière, des pratiques immorales, qui avaient pourtant été décriées dans le programme politique, qui a servi de socle au changement de régime intervenu lors de la présidentielle de mars 2024 et consolidé en novembre de la même année lors des élections législatives.

C’est ce qui nous fait évoquer des comportements politiques incohérents reposant sur des calculs purement électoralistes comme le prouvent les faits tels que :

  • la création inopinée (ex-nihilo ?) d’une formation politique,
  • le débauchage, tous azimuts, de présidents de collectivités territoriales issus de l’ancienne majorité,
  • la volonté de séduire l’électorat en usant des armes favorites des « hyperprésidents » que sont le pouvoir de nomination et l’utilisation inconsidérée des fonds spéciaux.

Raisonner de cette manière revient à infantiliser les citoyens sénégalais et partir du postulat, qu’ils ne sont que des moutons de Panurge, prêts à suivre aveuglément des personnalités politiques, dont la plupart ont été électoralement défaites dans leurs fiefs lors des deux dernières élections.

UN DIALOGUE INTERINSTITUTIONNEL VOUÉ A L’ÉCHEC

Il ne fait aucun doute qu’au vu de la situation économique désastreuse, qui est imputable à 90% au défunt régime Benno-APR et à sa « dette cachée » qu’on tente de dissimuler, et dans le contexte de menaces djihadistes, une crise institutionnelle ne ferait qu’aggraver la situation.

Il nous semble cependant naïf de penser que la crise politique actuelle puisse être jugulée par le seul dialogue interinstitutionnel. La première raison en est que les institutions actuelles héritées d’un système politique centré sur la primauté du président de la République sont porteuses de tares congénitales. Cela explique en grande partie les rejets itératifs des propositions de loi du PASTEF au niveau du conseil constitutionnel, dont la seule performance à ce jour, a été de refuser d’entériner le report illégal, par Macky Sall, de l’élection présidentielle de février 2024. Il était vraiment allé trop loin !

Le PASTEF a, de son côté, commis une erreur d’appréciation, en ne prenant pas les dispositions, pendant qu’il en avait les moyens politiques, d’initier une refondation institutionnelle de grande ampleur voire l’instauration d’une nouvelle République basée sur une nouvelle Constitution. Pire, il a même toléré le maintien de certaines lois liberticides au niveau de notre arsenal juridique.

La démarche politique actuelle du président Diomaye Faye, qui consiste à instrumentaliser l’Etat tout entier, en vue de réhabiliter et perpétuer le système néocolonial honni rend impossible toute collaboration sincère avec le Parlement dominé par le camp souverainiste et patriotique.

Le PASTEF doit sortir du « carcan parlementaire », être conscient des limites d’un parlementarisme coupé de ses racines populaires et de celles d’un électoralisme pur et dur, ignorant les enjeux de mobilisation citoyenne et de démocratie participative. Il lui faut également apprendre des deux années d’exercice du pouvoir, pour se lier davantage aux couches sociales défavorisées et surtout les convaincre de réellement s’approprier de la vision et des objectifs de la transformation systémique.

C’est seulement ainsi que la prochaine alternance de 2029 sera, cette fois ci, une véritable alternative sociopolitique.

 

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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