Le blog de Nioxor Tine - Analyses politiques et syndicales au Sénégal

KIIRAAY, REFUGE POUR LES NOSTALGIQUES D’UN PASSÉ RÉVOLU ?

28 Juillet 2026 , Rédigé par LE BLOG DE NIOXOR TINE Publié dans #BILLETS DE NIOXOR, #ALTERNATIVE 2024, #POLITIQUE NATIONALE

Le limogeage d’Ousmane Sonko, le 23 mai dernier, suivi de l’éviction du PASTEF, parti majoritaire au Parlement, du gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô peut bel et bien être qualifié de putsch. Ce divorce du premier magistrat de la Nation d’avec le parti, qui l’a fait élire sur la base d’une vision et d’un programme clairement définis, peut être assimilé à une rupture de l’ordre constitutionnel normal.

On ne doit, dès lors, pas s’étonner de la démarche adoptée par le président Bassirou Diomaye Faye pour mettre sur pied son nouveau parti. Comme l’a si bien dit un célèbre député du PASTEF, elle rappelle étrangement ces opérations de « démilitarisation d’apparence », si familières, aux militaires putschistes, qui troquent leur tenue de camouflage contre le costume civil.

Cela leur permet de prolonger leur pouvoir, au-delà de la période de transition, de se créer une nouvelle virginité politique, sous une étiquette civile, d’organiser et de remporter des « élections sur mesure ». Pour le cas d’espèce, il s’agit d’une mue politique digne d’un caméléon, qui transforme la résistance civile en insurrection, le souverainisme panafricaniste en alignement inconditionnel sur les intérêts des puissances d’argent.

C’est ainsi que le discours du 25 juillet dernier, à l’occasion du baptême du nouveau parti présidentiel, illustre un moment d’inflexion politique notable au Sénégal. Il marque la transition entre la Coalition « Diomaye Président », alliance électorale vouée au dépérissement, depuis la fin de la dernière élection présidentielle, autour d’une candidature de substitution et une nouvelle structure politique, qui n’aurait jamais dû voir le jour, n’eût été une volonté pernicieuse de remplacer une légitimité politique bien établie et électoralement validée, à deux reprises, au profit du PASTEF, par des montages politiciens sans lendemain.

Pour y arriver, la vision initiale du projet, dont l’ancien secrétaire général du PASTEF et actuel président de la République a été l’un des propagandistes les plus zélés, a été dévoyée à l’aide d’un narratif factice basé sur une réécriture de l’histoire politique récente.

La résistance héroïque de la jeunesse patriotique contre la répression féroce des nervis de Benno Bokk Yakaar est ravalée au rang d’atteinte à la sûreté de l’Etat néocolonial, au nom d’un prétendu recentrage républicain, d’ailleurs annoncé par l’accueil chaleureux réservé au président Macky Sall, le 17 juillet dernier. Cerise sur le gâteau, le vocable de patriotes utilisé pour désigner les militants du PASTEF, s’est vu affubler du qualificatif trompeur de républicains, comme pour séduire l’ancienne majorité, dont plusieurs maires seraient membres fondateurs d’un parti dont la gestation promet d’être laborieuse.

Ce n’est donc point un hasard si le nom du nouveau parti présidentiel dévoilé lors du comedy show suscite moult interrogations.

Selon certains de ses adversaires, KIIRAAY symbolise ce voile opaque évoquant une mal-gouvernance des affaires publiques, dont notre pays peine à se défaire et qu’on semble même vouloir, pour des raisons inavouées, perpétuer, en se servant d’outils de clientélisme politicien que seraient le décret et les fonds secrets. Pour d'autres, il s’agit d’un bouclier, terme renvoyant à ce groupe apériste créé en 2014, qui s'appelait « boucliers de la République ». Il fait aussi penser au Rassemblement National français, souvent accusé, dans le passé, d’être le "bouclier des milliardaires".

Au vu des récents actes politiques posés par un président obsédé par la réconciliation nationale à tout prix, fût-ce au prix du déni des crimes politiques commis entre 2021 et 2024, on devine aisément les motivations obscures de l'enfant de Ndiaganiao. Kiiraay serait-il un bouclier pour l’« opposition milliardaire » ?

Une chose est sûre ! Le temps des combines politiciennes, qui ont jalonné l’histoire de notre pays depuis notre accession formelle à l’indépendance, est révolu. Et ce n’est pas une alliance hétéroclite (déserteurs du PASTEF, maires apéristes sortants et divers autres opérateurs politiques peu scrupuleux), qui feront tourner la roue de l’Histoire à l’envers !

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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